Syrie : après avoir exigé une « punition » exemplaire, la France contrainte à se rallier à l’accord américano-russe

Quelques jours après l’annonce de l’utilisation d’armes chimiques le 21 septembre dernier dans le conflit syrien, François Hollande avait exigé au nom de la France qu’une « punition » soit rapidement infligée au dictateur Bacher Al Assad afin de le dissuader d’utiliser à nouveau de telles armes. Il s’état montré déterminé et prêt  à déclencher des frappes dans les plus brefs délais.

Quelques semaines plus tard, la France s’est retrouvée bien seule sur la scène internationale puisqu’au final, la Grande-Bretagne, puis les Etats-Unis, initialement favorables à des frappes ciblées contre les forces de Bachar Al Assad, ont fait marche arrière notamment au vu de l’opposition de la Russie à toute action militaire contre la Syrie. Face au véto du Conseil de sécurité de l’ONU imposé par la Russie et la Chine, deux pays qui sont tout sauf démocratiques et qui sont des soutiens inconditionnels à la dictature syrienne, Barack Obama a préféré consulter son congrès  et calmer le jeu devant les risques d’escalade.

A l’initiative des russes, les négociations se sont rapidement engagées avec les américains, sans participation des autres pays et de la France, pour tenter de convaincre Al Assad de renoncer définitivement à ses armes chimiques. Toute intervention militaire en Syrie est aujourd’hui suspendue en attendant que la dictature syrienne donne les garanties requises, à savoir, identifier les stocks d’armes chimiques en sa possession et leur mise sous contrôle de l’ONU, en vue de leur destruction future. Peut-on vraiment faire confiance aux syriens pour qu’ils révèlent aux experts de l’ONU l’emplacement de l’intégralité de leurs armes chimiques, alors qu’il est probable qu’une partie a déjà quitté la Syrie ? Certainement pas, mais c’est un premier pas qui permet aux Etats-Unis d’éviter un nouveau conflit à hauts risques.

Le rapport des experts de l’ONU publié le 16 septembre confirme, sans qu’il soit permis d’en douter, que des armes chimiques ont été largement utilisées dans le conflit syrien, prés de Damas, faisant plus de 1 500 morts dont plus de 400 enfants. Par contre, même s’il est probable que ces armes ont été utilisées par le régime syrien, rien ne permet de l’affirmer ; c’est pourquoi le rapport se garde bien de répondre à cette question.

Dans ces conditions, une intervention hors de tout aval du Conseil de sécurité reste très improbable. D’autant que se poserait alors la question des objectifs. A défaut de pouvoir s’attaquer directement au dictateur Bachar Al Assad, quelles cibles frapper en représailles ? Frapper pour frapper n’aurait aucun sens et ne serait d’aucun effet sur le régime syrien, sauf à faire monter la pression au Proche-Orient qui n’en a guère besoin.

On ne peut que regretter que la France ait privilégié une position unilatérale favorable à une intervention, plutôt que d’avoir tenté d’associer l’Union européenne à sa démarche, permettant ainsi à  celle-ci d’être en mesure de dégager une position commune face au conflit syrien. Le relatif isolement de la France sur la scène internationale sur le conflit syrien n’est pas du meilleur effet pour la crédibilité de notre politique étrangère. Une fois de plus, le conflit syrien démontre que l’Europe en dépit de son poids économiques, n’existe pas sur un plan politique face aux Etats-Unis, à la Russie et la Chine.

La détermination de M. Hollande à intervenir en Syrie était d’autant plus surprenante que la France n’avait pas fait grand-chose jusqu’à ce jour pour stopper les massacres perpétrés par Al Assad contre son peuple, y compris par l’utilisation d’armes lourdes et mais aussi chimiques à maintes reprises depuis le début du conflit. Voilà plus de deux ans que les choses empirent de jour en jour, avec plus de 110 000 morts et des millions de réfugiés sans que la France et la communauté internationale n’aient envisagé la moindre intervention. Intervenir aujourd’hui n’avait plus guère de sens, alors même que les forces d’opposition à Bachar Al Assad sont maintenant partiellement aux mains  de groupes islamiques les plus radicaux, dont certains sont proches d’Al Quaïda.

Est-il vraiment raisonnable de vouloir intervenir à ce stade du conflit alors que la Syrie pourrait tomber aux mains de factions islamiques sunnites les plus radicales qui prônent la mise en place d’un état islamique avec application de la charia ? Dans ces conditions, aujourd’hui, la prudence exige d’attendre… hélas pour le peuple syrien !

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