Occitanie : voici 800 ans, la bataille de Muret marqua la fin de la civilisation du Midi

Le 12 septembre 1213 reste encore aujourd’hui pour les occitans une bien triste date !

La montée du catharisme en terre occitane face à une église catholique dépravée et corrompue s’était faite dans une relative bienveillance du comte de Toulouse et ses vassaux occitans. Désarmée face à cette église dissidente en pleine expansion qui prônait la rigueur, la justice et la simplicité, menaçant l’église romaine dans son existence, la papauté s’employa par tous les moyens à anéantir toutes celles et ceux qui soutenaient de prés ou de loin l’église cathare.

Appuyée par  une nuée de barons du nord de la France, la plupart désargentés, qui avaient vu là l’occasion de s’enrichir en partant à la conquête de ces riches terres du midi, l’église romaine est entrée en guerre. Conduite par Simon de Montfort, l’armée croisée placée sous l’autorité de la papauté est ainsi partie à la conquête du Midi. Après avoir assiégé et exterminé la quasi-totalité de la ville de Béziers (20 000 morts) au seul motif que la cité avait accueilli des cathares, Carcassonne et la vicomté du même nom, à leur tour, tombèrent entre les mains de Montfort. Ainsi, en août 1209, après avoir assassiné le vicomte Raimond-Roger Trencavel, une grande partie du Languedoc était entre les mains de Simon de Montfort et de ses alliés.

Dans les mois suivants, le Lauragais, le Razés, l’Albigeois et nombre de châteaux appartenant à la noblesse occitane soupçonnée de sympathie vis-à-vis des cathares tombèrent à leur tour : Minerve, Termes, Puivert, Cabaret… L’extermination d’une grande partie de la population présumée réfractaire à l’Eglise officielle ponctuait les avancées des armées avec de nombreux bûchers où les habitants furent brûlés vifs. A l’automne 2012, une partie des terres de Raimond VI, comte de Toulouse ainsi que celles du comte de Foix, étaient plus ou moins tombées à leur tour entre les mains des croisés, à l’exception de la ville de Toulouse qui continuait à résister à l’envahisseur.

C’est à ce moment que le roi Pierre II d’Aragon, dont les vassaux Raimond VI, Trencavel et le comte de Foix étaient directement menacés par les croisés, et indirectement par la couronne de France, décida de venir en aide à ses alliés. Jusque là, le roi d’Aragon et de Catalogne avait activement participé à la reconquête chrétienne de l’Espagne aux côtés du roi de Castille, pour repousser les Maures. Après sa victoire sur les Almohades en juillet 2012 à Las Navas de Tolosa, l’armée du roi d’Aragon avait enfin le champ libre pour venir défendre ses vassaux au nord des Pyrénées.

La bataille de Muret, aux portes de Toulouse, le 12 septembre 2013, devait être l’occasion pour l’armée conduite à Pierre II d’Aragon, d’affronter l’armée croisée du nord de la France et de la repousser hors des frontières occitanes. Hélas pour le peuple occitan, probablement par excès de confiance du roi d’Aragon dont les armées catalano-arago-occitanes étaient bien supérieures à celles de Simon de Montfort, son armée fût décimée en quelques jours, désorganisée par la mort brutale du roi Pierre II dés les premiers combats.

La défaite contraignit Raimond VI à l’exil, même si son fils Raimond VII tenta vainement de reprendre le contrôle de ses terres. En 1215, le tristement célèbre concile du Latran confirma solennellement Simon de Montfort dans la possession du comté de Toulouse en récompense par l’église. En 1218, le nouveau roi de France Louis VIII pris la croix et vint au secours des armées croisées, faisant définitivement basculer le Midi dans son escarcelle. Ce dernier s’impliqua directement dans la guerre aux côtés de l’église pour dépouiller le Midi de toutes ses richesses et l’intégrer par la force à son royaume. Bien malgré lui, le Midi devenait alors français…

Ainsi disparaissaient tous les espoirs d’unification de la nation catalano-arago-occitane qui partageait la même langue et culture, mais aussi cette tolérance faite d’amour courtois et de savoir vivre, étrangère au royaume de France d’alors.

Face à l’opposition et à la rébellion des populations occitanes, l’inquisition accentua son action sous les mains de fer de Bernard Gui, puis de Jacques Fournier, qui fût évêque de Pamiers puis pape en Avignon, sous l’appellation Benoît XII. Progressivement mais méticuleusement, après plus d’un siècle, l’inquisition finit par anéantir les dernières résistances cathares, avec à son actif des milliers d’innocents, y compris de nombreux membres de la noblesse occitane, brulés vifs pour avoir été suspecté de soutenir une prétendue église dissidente qui ne faisait que dénoncer les excès et les dérives de l’église officielle. Un grand massacre orchestré par les plus hautes autorités de l’Eglise romaine avec la complicité de la couronne de France à qui devaient revenir les terres occitanes.

La célèbre « Canso », la chanson contre la croisade albigeoise écrite par un troubadour anonyme proche du comte de Toulouse qui pleura durant des décennies cette terrible journée pour l’Occitanie, décrit fort bien l’ambiance et la tristesse qui avait alors envahi tout le Midi, du Béarn, au Languedoc en passant par la Provence.

« Mot fo grans lo dampnatges e I dols e I perdementz can lo reis d’Arago remas mort e sagnens… » En français : « Grands furent le désastre et le deuil et la perte, quand le roi d’Aragon resta mort et sanglant, et bien d’autres barons, d’où ce fut grande honte pour le monde chrétien et tout le genre humain… »

Ainsi pris fin la longue et riche histoire de l’Occitanie. Selon certains, de nombreux sites et villes d’Occitanie portent encore aujourd’hui les stigmates de cette triste période.

800 ans plus tard, ce passé est encore très vivace au cœur de l’Occitanie qui continue de s’interroger sur son histoire et son devenir. Et si demain la nation Occitane se réveillait enfin…

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