France : la rentrée ratée de Hollande, embourbé dans le dossier syrien

La Syrie connaît une guerre civile d’une extrême violence depuis maintenant prés de deux ans. A ce jour, les diverses forces de l’opposition syrienne s’avèrent incapables de mettre fin à la dictature de Bachar Al Assad qui contrôle avec une main de fer ce pays depuis des décennies.

Soutenu par la Russie et la Chin, pays qui se sont toujours opposés à une intervention militaire en Syrie en imposant leur véto au conseil de sécurité de l’ONU, les puissances occidentales sont volontairement restées à l’écart du conflit ces deux dernières années, se contentant de soutenir plus ou moins une partie de l’opposition. Pourtant, en moins de deux ans, selon les organisations humanitaires, ce sont plus de 110 000 personnes qui sont mortes en Syrie sous les armes de ce dictateur sanguinaire, prêt à tout pour garder le contrôle de son pays. A cela, s’ajoutent des centaines de milliers de blessés et autant de réfugiés aux portes de la Syrie, fuyant le chaos des combats.

Le 21 août dernier, le dictateur syrien Bachar Al Assad a franchi un nouveau pas en utilisant des armes chimiques contre sa propre population pour tenter de reprendre le contrôle de son pays. Plus de 1 650 personnes, dont plus de 400 enfants innocents, sont ainsi morts sous les yeux de la population mondiale.

C’est alors seulement que les gouvernements occidentaux et notamment la France, ont commencé à réagir et à menacer Assad d’une intervention militaire. A la surprise générale, François Hollande s’est enfin réveillé et s’est montré déterminé à intervenir au plus vite pour dire non au tyran. Pourquoi avoir ouvert les yeux si tard, alors que tout le monde sait qu’Al Assad a utilisé à plusieurs reprises des armes chimiques contre sa population, même si c’est dans des proportions moindres ?

Aujourd’hui, Hollande n’hésite pas à exiger une intervention dans les plus brefs délais. Sauf que la France est un peu isolée ! En effet, le 1er ministre britannique s’est heurté à un refus du parlement de son pays et Barak Obama a finalement décidé de solliciter l’autorisation du Congrès pour intervenir. Celui-ci doit se prononcer le 9 septembre. Autant dire que s’il ne fait pas de doute que le président américain obtiendra l’accord du congrès, de longues semaines se seront écoulées depuis les faits ; ce qui ne peut que nuire à l’efficacité et à la crédibilité de l’opération « sanction ».

Au demeurant, comme l’a indiqué le président Obama, l’intervention ne pourra qu’être très limitée, de type « bombardements ciblés ». En effet, à défaut de mandat de l’ONU, l’opération ne devrait pas consister à neutraliser directement Al Assad, mais plutôt à le contraindre à engager des négociations avec l’opposition en vue de préparer une alternance. Ce qui complique singulièrement l’opération militaire et rend difficile la définition de véritables objectifs. Où et qui va-t-on frapper ?

L’équation est d’autant plus délicate que des frappes en Syrie, même limitées, peuvent contribuer à embraser tout le Proche-Orient. En effet, l’arsenal militaire syrien est loin d’être anéanti par deux ans de guerre civile et les alliés iraniens et le ezbollah, sont également capables de réagir en réaction à des frappes contre la Syrie, et notamment d’attaquer Israël qui n’est pas partie prenante, ne serait-ce que pour semer le chaos. Dans ce cas, la réaction d’Israël pourrait être extrêmement violente. Enfin, même si Al Assad fini par être écarté du pouvoir, à défaut de véritables leaders capables d’imposer la démocratie, le pays risque fort de rester dans le chaos pour longtemps, comme en Irak. Dans ces conditions, est-ce bien raisonnable d’intervenir ?

Pour ces diverses raisons, l’engagement des occidentaux en Syrie présente des risques d’escalade, tant au plan militaire que politique. Dans ce contexte, on peut s’interroger sur les raisons qui ont poussé Hollande à s’empresser de soutenir une intervention militaire. Pourquoi ne pas avoir sollicité l’accord du Parlement comme les anglais et les américains, deux grandes nations ? Lui qui reprochait voici quelques années à Nicolas Sarkozy d’être intervenu en Libye sans solliciter l’avis des parlementaires, se passera pour la deuxième fois du quitus du Parlement pour s’engager dans une intervention qui d’être très lourde de conséquence ? En a-t-il réellement mesuré tous les risques ? Compte-t-il profiter de cette opération pour tenter de redorer son blason alors qu’il reste toujours au plus bas dans les sondages ?

Quoi qu’il en soit, les Etats-Unis avec ou sans alliés, sont quasiment condamnés à réagir, sous peine de perdre la face et leur crédibilité face au monde, et notamment à l’Iran et dans un degré moindre, les alliés russes et chinois des syriens. Dommage que l’on ait attendu si longtemps alors que les conditions d’intervention sont aujourd’hui complexes et très risquées.

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