France : Hollande prêt à brader les actifs du pays plutôt que de s’engager dans les réformes indispensables

A la surprise générale, François Hollande vient de décider de relancer le programme de privatisations partielles de sociétés d’Etat, côtées ou non, en vue de financer un futur programme d’investissement. Nul doute que cette décision ne manquera pas de heurter son aile gauche qui conteste aujourd’hui fortement sa politique.

Bien étrange décision alors qu’il y a quelques semaines, le chef de l’Etat avait arbitré le conflit entre Pierre Moscovici, ministre de l’économie et Arnaud Montebourg, ministre de l’industrie, au profit de ce dernier concernant le projet de cession de DailyMotion, filiale de France-Télécom. Bien qu’actionnaire minoritaire de France-Télécom, Montebourg s’était opposé à une prise de participation majoritaire de Yahoo (entreprise américaine) dans la start-up française, filiale de l’opérateur téléphonique français.

Au cas particulier, Stéphane Richard, le patron de France-Télécom, a du monter au créneau pour dénoncer l’intervention de l’Etat dans une entreprises privée (Dailymotion est filiale à 100 de France-Télécom et non de l’Etat) , alors même que lui-même et les dirigeants de Dailymotion étaient parvenus à un accord jugé équilibré avec Yahoo pour le développement de Dailymotion à long terme, prévoyant notamment une entrée en force de la start-up sur le marché américain, jugée indispensable à son développement ainsi que la création d’un centre de recherche commun en France. Pas sûr que l’intervention désastreuse de l’Etat sur ce dossier ne nuise pas au développement de Dailymotion.

Comment ne pas se réjouir que l’Etat, qui est par nature un bien piètre actionnaire et gestionnaire, souhaite s’engager dans une politique de privatisation des entreprises publiques. Par contre, dans cette hypothèse, on comprend moins qu’il veuille continuer à s’immiscer dans la gestion des entreprises, y compris lorsqu’elles sont privées ?

Dans une perspective d’efficacité et de développement, la privatisation de la plupart des entreprises encore entre les mains de l’Etat va dans le bon sens. Pour autant, de nombreuses questions se posent sur les modalités et le timing choisi par l’Etat. En effet, si Hollande a décidé de céder un certain nombre d’actifs publics, c’est d’abord parce que la crise budgétaire actuelle l’y oblige et non par conviction. Pour preuve, ces dernières semaines, l’Etat a déjà discrètement vendu une partie de ses participations dans SAFRAN et EADS pour faire rentrer quelques millions d’euros dans le budget de l’Etat.

La valeur en mai 2013 du portefeuille des entreprises d’Etat cotées est évaluée à seulement un peu plus de 60 milliards d’euros.

Le problème, c’est que le moment est malvenu pour céder les actifs de l’Etat pour plusieurs raisons. D’une part, la valorisation boursière des principales participations de l’Etat (EDF, EADS, GDF-Suez, Renault, France-Télécom, Safran, ADP, Air-France… ) est particulièrement faible eu égard aux cours en vigueur au moment de leur introduction sur le marché, et d ‘autre part, le fait d’annoncer publiquement un important programme de privatisation pèse considérablement sur le cours de ces entreprises en le faisant baisser encore plus. Bien étrange manière de procéder si l’on souhaite préserver les intérêts financiers de l’Etat !

Dans ce contexte, les français sont en droit de s’interroger de savoir s’il n’y a pas là une forme de bradage du patrimoine de l’Etat. On se rappelle que cet argument avait été largement utilisé par la gauche dans les années 1986 lorsque le gouvernement Chirac avait lancé son programme de privatisations, alors même que les prix de cession étaient sensiblement supérieurs aux valorisations antérieures. En ces temps difficiles pour les finances publiques et pour de nombreux français, est-il acceptable de voir l’Etat brader ses actifs pour récolter ici et là quelques petits milliards d’euros seulement alors que la valeur de ces entreprises représentait au plus haut de leur cotation, plusieurs centaines de milliards d’euros ?

Avec une dette en forte augmentation qui dépasse aujourd’hui prés de 94% du PIB (et qui pourrait atteindre les 100% en 2014), on peut légitimement se demander s’il ne serait pas préférable de consacrer les recettes de ces cessions d’actifs à la réduction de la dette afin d’atténuer ainsi sensiblement notre exposition ?

En toute hypothèse, avec ou sans cession d’actifs, la France ne pourra échapper à des mesures drastiques de réduction de ses déficits publics et faire l’économie de profondes réformes de structures exigées par la Commision européenne.

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