Rodez : des états généraux du stationnement pour quoi faire ?

Les états généraux du stationnement, organisés par la ville de Rodez, ont démarré lors d’une séance publique en mairie le 15 novembre dernier.

Le maire de Rodez y a exposé les enjeux de la nouvelle régie du stationnement municipal à partir de novembre 2013, date à laquelle la municipalité reprendra en direct l’exploitation de l’ensemble des parkings de la ville, y compris celui des Jacobins et du stationnement de surface jusque là concédé à la société Q-Park. Avec la mise en service prévue en fin d’année 2013 du nouveau parking du Foirail, la municipalité ruthénoise aura alors l’entière et pleine gestion de l’ensemble des parkings de la ville : parkings souterrains Foch, Jacobins I et II, St Cyrice-Etoile, Foirail et stationnement de surface.

Selon les propos de M. Teyssedre lui-même, c’est un choix politique de la municipalité socialiste de Rodez. En fait, c’est d’abord un choix idéologique, au moment où de très nombreuses municipalités socialistes tendent à concéder la gestion des parkings publics, notamment souterrains, dont on sait la gestion complexe et onéreuse, pour une rentabilité pour le moins incertaine.

Ce qui n’a pas empêché M. Teyssedre de se lancer dans son interminable et habituel couplet pour fustiger la municipalité précédente qui aurait, selon lui, confié la concession du parking des Jacobins au groupe Q-Park au détriment d’une gestion publique par la municipalité.

Le maire de Rodez n’est cependant guère entré dans les détails pour justifier précisément en quoi une gestion en régie municipale de l’ensemble des parkings, dont 4 souterrains, serait plus rentable pour la ville de Rodez plutôt que d’en confier la gestion dans le cadre d’une concession ou d’une DSP. Il s’est simplement contenté d’affirmer, en citant en évoquant le futur parking du Foirail : « On a calculé qu’à raison de 1.5 millions d’euros par an, le stationnement nous rapportera 30 millions d’euros sur 20 ans. Au regard des 10 millions d’euros investis dans sa réalisation, nous serons largement gagnants ».  On en saura pas plus et c’est bien peu pour justifier le choix de la municipalité au vu de complexité de gestion des parkings souterrains.

On veut bien le croire, mais force est de constater que les chiffres évoqués ne tiennent aucun compte de nombreux facteurs qui permettent de douter sérieusement de la rentabilité de l’opération pour la ville en ignorant des coûts  réels : le prix de revient exact de l’investissement qui n’est pas connu à ce jour, les coût financiers et l’amortissement de l’équipement, les importants frais de gestions et d’entretiens et une fréquentation pour le moins incertaine, et manifestement surestimée, surtout lorsque l’on sait qu’une part importante des places de stationnement sera gracieusement mise à la disposition du nouveau complexe de cinéma dés la fin de l’après-midi. Autant de recettes en moins alors qu’on connaît les aléas qui pèsent sur les coûts de gestion d’une telle infrastructure.

Au moment où l’agglomération du Grand Rodez fait de grands efforts pour favoriser les transports en commun en baissant le tarif à un prix très bas de 0.20 € par trajet, on peut s’interroger sur la pertinence de la baisse concomitante du prix du stationnement alors que partout ailleurs, les municipalités de tous bords politiques ont tendance, au contraire, à augmenter le prix du stationnement pour dissuader l’utilisation des véhicules en ville. Il est vrai qu’à Rodez, la municipalité n’est pas une contradiction prés. Voilà encore un terrain mouvant, pour le moins risqué, sur lequel s’engage la municipalité pour des raisons purement idéologiques.

En effet, le doute est permis quant-au bien fondé de la décision de reprise en gestion directe de l’ensemble des parkings souterrains par la ville de Rodez au vu des nombreuses et récentes études menées ces dernières années dans ce domaine. Ainsi, la Cour régionale des Comptes de Bretagne a préconisé que pour le stationnement en parkings souterrains, qui nécessite des investissements plus lourds et plus longs à amortir, induisant des charges importantes, et qui comporte habituellement une part de risques pour le gestionnaire, une durée maximale de concession de 24 ans était un minimum et qu’elle pouvait même aller jusqu’à 30 ans dans certains cas. En cela, il n’y avait donc rien d’anormal dans la concession conclue précédemment avec la société Q-Park pour le parking des Jacobins.

Selon une étude effectuée par le cabinet d’expertise comptable, CBM Audit & Conseil, qui a porté sur une demi-douzaine de missions de renégociations de conventions de parking sur voirie et en ouvrages concluait notamment : « L’évolution des secteurs public et parapublic, dans un contexte général de déréglementation des services, place les collectivités sur un marché de plus en plus contraignant où la connaissance des coûts et des engagements devient un facteur déterminant de pérennité. Cette perspective rend donc nécessaire l’évaluation et la maîtrise des coûts de revient des investissements….La politique de la ville relative au stationnement sur voirie et en ouvrages s’inscrit dans un environnent concurrentiel fort où se côtoient les acteurs privés et publics, et nécessite des investissements initiaux lourds mais dont l’exploitation est relativement simple. Dans ce contexte, nombreuses sont les collectivités à avoir transférer la compétence du stationnement public, tout en conservant leurs prérogatives de police…. »

Pour M. Philippe Terneyre (Les conventions de délégation globale de stationnement payant – BJCP n°5) : « Parce que la gestion du stationnement payant est l’une des activités de service public où l’aléa économique est le plus fort, voire une activité structurellement déficitaire pour le stationnement souterrain, les collectivités locales et les opérateurs cherchent depuis longtemps, pour compenser les recettes insuffisantes du stationnement hors voirie au moyen des recettes pouvant apparaître comme certaines du stationnement sur voirie, à globaliser les deux gestions au sein d’une même convention ».

Compte-tenu des nombreux aléas économiques et financiers liés à l’exploitation des parkings souterrains, les ruthénois sont en droit de s’interroger sur les risques financiers inhérents à l’exploitation de ce type de parkings que la ville de Rodez entend dorénavant gérer en gestion directe, alors même que la rentabilité de certains d’eux reste pour le moins très aléatoire, qu’il s’agisse du parking St Cyrice-Etoile ou du Foirail, sans compter les importants travaux de rénovation nécessaires pour le parking Foch.

Nul doute que le sujet sera l’un des points qui fera l’objet de débats animés lors de la prochaine campagne municipale.

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