France : le pays champion du monde de la consommation de médicaments, souvent prescrits abusivement et pourtant remboursés par la sécurité sociale (3)

Parmi les prescriptions abusives, on trouve les médicaments anti-cholestérol : Tahor, Crestor… En effet, en France, les médecins qu’ils soient généralistes ou hospitaliers, n’hésitent pas à prescrire à titre purement préventif ces statines qui sont le principal traitement contre le cholestérol, souvent dés l’âge de 40 ans dés lors que le taux de cholestérol total est légèrement élevé mais inférieur à la limite haute 2.4 g/l (6 mmol) qui est valeur officielle normale. Les statines permettent effectivement, selon les doses, une réduction cholestérol de 25% à 50%.

Or, la prescription de ce type de médicament devrait être réservée aux seuls patients qui, en dépit d’un régime strict, n’arrivent pas à contenir le niveau de cholestérol dans la fourchette haute préconisée et qui présentent par ailleurs plusieurs facteurs de risques (c’est-à-dire les hypertendus traités avec trois facteurs de risques, avec ou sans hyperglycémie ; les hypercholestérolémies familiales ; les diabètes de type 2 avec deux facteurs de risques ou les pathologies cardio-vasculaires avec athérome). Ce qui fait dire aux auteurs du livre que « les statines sont distribuées au robinet par les cardiologues et les généralistes à presque tous les hommes ou femmes de plus de 50 ans qui passent à leur portée, donc hors indications ».

Ainsi, en France, entre 2 millions et 5 millions de patients seraient traités avec des statines ou autres hypolipémiants alors qu’en réalité moins de 500 000 nécessiteraient une telle prescription si les indications étaient strictement respectées. D’autre part, lors de leur prescription, on oublie régulièrement d’informer les patients sur certains effets indésirables et importants qu’engendre, chez plus de 80% des personnes traitées, la prise régulière de statines : les douleurs musculaires et autres détériorations ou inflammations des muscles parfois si importantes qu’il n’y a d’autres issues que d’interrompre le traitement.

Des économies conséquentes pourraient ainsi être réalisées par la Sécurité sociale sur de nombreux autres médicaments, souvent très chers et pas ou peu efficaces sur un plan santé. C’est notamment le cas des médicaments contre l’hypertension. Trop souvent, les cardiologues ou généralistes ont tendance à prescrire les molécules les plus récentes mises sur le marché par les grands laboratoires ; or, elles sont beaucoup plus chères que les médicaments plus anciens et souvent beaucoup moins efficaces et avec de nombreuses contre-indications. Dans le domaine de l’HTA (hypertension artérielle), certaines classes de médicaments anciens, tels les diurétiques, les bétabloquants et les IEC (inhibiteurs de l’enzyme de conversion) sont bien plus efficaces et surtout beaucoup moins chers (jusqu’à cinq fois moins et parfois plus) que de nombreuses molécules récentes dont l’efficacité reste à démontrer.

Cette dernière remarque et valable pour de nombreux médicaments. Ces derniers sont trop souvent vendus par des visiteurs médicaux , excellents vendeurs, mais sans aucune connaissance médicale, comme des marchandises banales. Or, les médicaments sont tout sauf des marchandises ordinaires. Dans le monde médical français, il subsiste trop de conflits d’intérêts entre, d’une part, l’industrie pharmaceutique dont l’objectif est avant tout de vendre à tout prix en rentabilisant au mieux leurs molécules et autres « blockbusters » pour doper leurs résultats, et d’autre part, certains médecins, chercheurs et responsables d’agences publiques. De nombreux médicaments sont ainsi mis sur le marché et prescrits avec remboursement intégral alors que leurs prix sont très élevés et que leur efficacité médicale n’a jamais été démontrée.

En cela, en pleine affaire du Médiator, qui met en cause les dirigeants du laboratoire Servier, le livre courageux des professeurs Even et Debré doit être l’occasion d’ouvrir un débat public afin d’instaurer une plus grande transparence entre le monde médical et les laboratoires, mais aussi sur les autorisations de mise sur le marché des médicaments, la fixation des prix et leur niveau de remboursement.

Dans un monde médical largement contrôlé par les laboratoires pharmaceutiques comme en France, le rôle de revues indépendantes devrait être renforcé, à l’instar de la revue « Prescrire » dont la qualité des informations et l’indépendance n’est plus à faire.

Il s’agit d’abord, pour la France, d’un véritable enjeu de santé publique : assurer une meilleure santé pour tous au meilleur prix, tout en assurant une gestion plus efficace des fonds publics en réduisant drastiquement les déficits de la Sécurité sociale. Le débat est ouvert et promet d’être houleux au vu des enjeux financiers considérables.

RAPPEL : Les présentes données sont communiquées à titre de simple information et ne peuvent en aucun cas constituer des recommandations médicales. Elles sont extraites du « guide des 4 000 médicaments » des professeurs Philippe Even et Bernard Debré paru en octobre 2012 aux éditions Cherche Midi. Il est rappelé que toute prescription de médicament  doit être impérativement réalisée par un professionnel de la santé.

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