France : avant sa publication, le rapport sur la compétitivité demandé par Hollande au rancart

29 octobre 2012

Dans son rapport dont la publication a été différée au 5 novembre, à la demande du président de la République qui souhaite se donner du temps pour réagir, Louis Gallois livre un diagnostic sans concession sur la compétitivité de l’industrie française.

Connu pour ses sympathies à gauche dont il a fait partie de nombreux cabinets ministériels, Louis Gallois a exercé d’importantes responsabilités en tant que chef d’entreprise, notamment à la tête de la SNCF, puis ces dernières années tant de directeur général d’EADS

Le quotidien Le Figaro a publié récemment, en avant-première, les conclusions de son rapport. L’ancien patron d’EADS prône notamment une importante baisse des charges, financée notamment par une hausse de la CSG et de la TVA, avec une réduction significative des dépenses publiques.

Selon le journal, M. Gallois proposerait un choc pour relancer la compétitivité de la France sur deux ou trois ans, de l’ordre de 30 milliards, dont 20 milliards en baisse de cotisations patronales et 10 milliards en baisse de cotisations salariales. Les réductions de charges concerneraient les salaires jusqu’à 3,5 smics, soit un niveau supérieur à celui (2,6 smics) que Nicolas Sarkozy avait prévu lors du vote de loi sur la TVA sociale au printemps.

Pour compenser cette baisse massive et inédite de cotisations, l’ex-chef d’entreprise proposerait de financer ce «choc de compétitivité» de plusieurs manières. D’abord, par une réduction massive des dépenses publiques, bien plus importante que les 10 milliards envisagée dans le projet de loi de finances pour 2013 par le gouvernement socialiste.  Ensuite, par une hausse modérée de la CSG et de la TVA afin de pouvoir être supportée par les ménages, compte tenu des forts prélèvements qu’ils subiront en 2013. Et enfin, par une nouvelle fiscalité écologique sur le diesel.

Louis Gallois, qui aurait reconnu se heurter au lobby puissant de Bercy notamment, souhaite également donner «une connotation sociale à son rapport». Il proposerait deux mesures pour s’assurer du soutien des syndicats, pour l’heure peu réceptifs à un transfert de cotisations patronales.

L’ex-patron d’EADS suggérerait que les représentants des salariés aient une voix délibérative dans les conseils d’administration des entreprises, une vieille revendication syndicale à laquelle s’oppose le patronat mais également de lancer une «méga-négociation» associant les questions de «compétitivité coût» et «hors coût» de son rapport, avec la réforme du marché du travail que les partenaires sociaux discutent depuis début octobre.

Enfin, selon d’autres révélations non confirmées, le rapport proposerait par ailleurs la suppression progressive des 35 heures ainsi que la mise en exploitation des gaz de schistes ; ce qui donnerait un coup de fouet à l’ensemble de l’économie française durant de longues années.

D’abord présentées comme essentielles au débat, les propositions faites par M. Gallois ont été reléguées au rang de « simple contribution n’engageant que son auteur », selon les propos même du chef de l’Etat.

Encore un rapport de plus sur la compétitivité qui risque de finir aux oubliettes ! Rédigé par un patron de gauche, il ne fait cependant que rappeler ce que tout le monde sait, en proposant une série de mesures crédibles, susceptibles de créer un véritable choc de compétitivité en France. Au moment où la France doit prendre des mesures pour préserver sa compétitivité et donc ses emplois pour sortir de l’impasse actuelle, il serait cocasse que le président de la République, qui a lui-même commandé ce rapport, l’ignore ou ne s’inspire pas des principales mesures proposées qui relèvent en partie du bon sens.

Ceux qui nous gouvernent en sont-ils encore pourvus ?