France : de nombreux médicaments remboursés n’ont aucune efficacité médicale ou présentent des risques pour la santé (1)

« Le guide des 4 000 médicaments, utiles, inutiles ou dangereux » publié à l’initiative des professeurs Philippe Even et Bernard Debré, est paru début octobre aux éditions Cherche Midi. Il figure d’ores et déjà parmi les meilleures ventes en librairie de France, preuve que le livre répond à certaines interrogations du grand-public.

Qu’est-ce qui a pris ces deux imminents spécialistes français de publier un tel livre qui affirment que plus de 50% des médicaments autorisées en France sont inutiles, 20% mal tolérés et 5% potentiellement dangereux pour la santé ? Aujourd’hui en fin de carrière, ces personnalités reconnue (Philippe Even est l’ancien doyen de la faculté de médecine  Necker et président de l’institut du même nom, tandis que de Bernard Debré est vice-président de l’institut Necker et membre du Comité national d’éthique pour la recherche et les sciences de la vie), ont manifestement voulu, au travers de ce livre, tirer le signal d’alarme sur la prescription excessive de médicaments en France, les risques que cela entraîne pour la santé, l’énorme pression des laboratoires pharmaceutiques et le surcoût généré pour la collectivité toute entière.

Tout le monde est d’accord pour reconnaître que la situation française, au regard des importantes prescriptions pharmaceutiques (le France est le pays qui détient le record du monde de la consommation de médicaments par habitant), est intenable sur un plan financier et que, pour autant, la population n’est pas mieux soignée que dans ces mêmes pays.

Ce livre dénonce le fait que les dépenses liées au remboursement des médicaments sont, en France, de 1.3 à 2 fois plus importantes que celles de la plupart des pays développés, soit un surcoût de l’ordre de 10 à 15 milliards d’euros par an, sans aucun bénéfice pour la santé et au détriment des dépenses qui devraient être la priorité : les hôpitaux, les infirmières, les handicapés et la dépendance.

Il se veut à la fois un guide pour les patients et les praticiens médicaux afin de les alerter et les éclairer sur l’efficacité réelle et les risques liés à certains médicaments, mais aussi un signal d’alarme adressé aux pouvoirs-publics et aux diverses agences publiques de santé.

Les auteurs du livre dénoncent les risques liés à la prescription de certains médicaments comme les antibiotiques, les statines, certains antihypertenseurs…, sans oublier le tristement célèbre Médiator des laboratoires Servier qui aurait causé la mort de plusieurs milliers de personnes. Non seulement les laboratoires pharmaceutiques manquent singulièrement de transparence dans l’évaluation de la plupart de leurs médicaments, mais leur principale motivation serait de privilégier leurs profits au détriment de la santé des patients. Ces laboratoires n’ignoreraient pas que nombre de leurs molécules seraient sans réels effet alors que d’autres seraient même dangereuses pour la santé. Qui plus est, nombre de médicaments seraient souvent vendus à des prix exorbitants, sans rapport avec leur efficacité réelle, alors que des molécules plus anciennes mais moins chères ou certains génériques seraient bien plus efficaces !

De leur côté, les agences publiques en charge de délivrer les autorisations de mise sur le marché feraient preuve d’une grande naïveté, pour ne pas dire d’un manque d’indépendance, à l’égard des évaluations et des fiches descriptives produites par les laboratoires pharmaceutiques. De plus, les prix de vente homologués pour bon nombre de médicaments seraient manifestement surestimés eu égard à une efficacité pour le moins douteuse. Enfin, le niveau élevé de remboursement de certains médicaments réputés peu ou pas performants, ne serait pas justifié, accordant ainsi une rente de situation à certains laboratoires qui engrangeraient ainsi de confortables bénéfices au détriment du creusement des déficits de la Sécurité sociale.

Les professeurs Evin et Debré dénoncent le manque d’éthique d’une industrie pharmaceutique  qui engrange des bénéfices de plus en plus importants sur le dos des patients alors qu’elle n’a jamais si peu inventé de nouveaux médicaments depuis plus de 20 ans ainsi que le silence complice d’une grande part de l’élite médicale universitaire à leur égard.

Un livre très complet, qui s’avère une véritable encyclopédie des médicaments à la portée du grand public, qui a le courage de dire un certains nombre de vérités, même si elles sont dérangeantes, tant pour les patients, les praticiens médicaux, les laboratoires pharmaceutiques que les agences de santé publique.

Gageons que cet ouvrage très documenté, contesté par une partie des professionnels de santé et les laboratoires, soit l’occasion de renforcer l’indépendante et l’autorité des agences de santé publiques et de revoir les prix et les modalités de remboursement de nombreux médicaments peu ou pas efficace. Ce qui permettrait en même temps de réduire considérablement les déficits de la Sécurité sociale, tout en confortant la santé les français.

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