France : la cour des comptes publie enfin son rapport sans concession sur l’état des finances publiques

Le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud, a remis ce début de semaine au Premier ministre son audit sur les finances publiques de la France.  Dans un volumineux rapport de 250 pages, la Cour des comptes conclut que pour réduire le déficit à 4,4 % du PIB en 2012, comme la France s’y était engagée, il manquera 6 à 10 milliards d’euros. Quant-à l’objectif de déficit de 3% en 2013, la Cour estime qu’il faudra trouver pas moins de 33 milliards d’euros pour y parvenir.

Didier Migaud estime cependant que : « Le redressement est engagé, mais l’essentiel du chemin est encore devant nous. Cela dans une zone euro fragilisée par la crise des dettes souveraines. » Pour 2012, « les risques portant sur les dépenses sont limités et peuvent être maîtrisés. La situation est tout autre pour les recettes publiques. Il risque de manquer entre 6 et 10 milliards d’euros, dont 4 à 8 milliards pour le seul budget de l’Etat. »  Il évoque notamment des prévisions de croissance trop optimistes, alors que celle-ci ont été récemment revues à la baisse à 0.4% seulement pour 2012.

Pour autant, le président de la Cour des comptes s’abstient de blâmer le gouvernement précédent : « Les déficits sont anciens. Ils concernent donc des gouvernements de droite comme de gauche. Notre pays a manqué gravement de constance dans l’effort, relâchant celui-ci dès que la conjoncture s’améliorait. » Afin d’inverser l’évolution actuelle, il suggère de « faire porter la moitié de l’effort à venir sur les dépenses, en les réduisant de 16,5 milliards d’euros par rapport à leur évolution tendancielle. Pour la santé, l’éducation, la formation professionnelle, par exemple, la France dépense bien plus que des pays dont les résultats, dans ces domaines, sont pourtant sensiblement meilleurs que les nôtres… »

Pour ce qui concerne les recettes, Didier Migaud rappelle qu’elles « ne doivent pas pénaliser la compétitivité des entreprises. N’oublions pas que la France est tenue de faire face simultanément à deux déficits, l’un affectant ses finances publiques, l’autre sa compétitivité. Il faut avant toute chose amplifier la réduction des niches fiscales et sociales et, subsidiairement, recourir temporairement à des impôts à fort rendement comme la CSG.»

Avant même la publication officielle du rapport, le ministre de l’Economie Pierre Moscovici avait attaqué la majorité précédente et accusé le gouvernement de François Fillon de n’avoir, ni plus ni moins, « rien foutu » pour réduire les déficits publics de la France en 2012 et ajouté : « Mme Pécresse, M. Fillon, feraient mieux quand même de se taire. C’est à nous de surmonter toutes leurs erreurs. Ils n’ont pas fait ce qu’il fallait. Ils n’ont rien foutu pour réduire les déficits pendant cette année et c’est à nous que revient le poids de réformes structurelles justes. »

François Fillon avait déclaré dans le Journal du Dimanche qu’il n’y avait pas de cadavre dans les placards. L’ancien Premier ministre en a profité pour dénoncer la politique inconséquente de François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Alain Juppé avait riposté lundi matin sur Europe 1 au ministre de l’Economie, Pierre Moscovici : « Je rassure M. Moscovici, on ne va pas se taire et on va lui rappeler la certification des comptes de la France par la Cour des comptes au titre de 2011Elle écrit dans son rapport qu’un effort très significatif de réduction des déficits a été fait en 2011, vous voyez que M. Moscovici dit n’importe quoi sur ce sujet-là ».

Gilles Carrez, président UMP de la commission des finances de l’Assemblée nationale, a lui expliqué dans un communiqué que « les aléas identifiés par la Cour pesant sur les dépenses des missions du budget général de l’Etat font en réalité l’objet d’une sous-budgétisation chronique en Loi de finances initiale Il faut donc avoir bien peu suivi les débats budgétaires ces dernières années pour faire croire aux Français, comme le fait Pierre Moscovici, que le gouvernement Fillon n’a « rien foutu » en matière de dépenses. »

Dans son discours de politique générale devant les députés, Jean-Marc Ayrault le Premier ministre a semblé ignorer le rapport de la Cour des comptes et s’en contenté d’annoncer quelques mesurettes, sans s’attaquer au problème de fond de la France : la réduction massive des dépenses publiques. Courage, fuyons semble être la devise.

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