France : le couple germano-français, moteur de l’Europe, au bord de l’implosion ?

Il y a quelques jours, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a exprimé son scepticisme quant à la décision de la France de rétablir partiellement l’âge de la retraite à 60 ans au vu de l’évolution démographique actuelle. « En Europe, nous avons décidé d’adapter nos systèmes de protection sociale à l’évolution démographique. Nos pays sont tous vieillissants », a-t-il expliqué dans un entretien publié mercredi par La Stampa. « Mais la décision du président Hollande d’abaisser l’âge de la retraite ne correspond pas à cette décision. »

Wolfgang Schäuble a également estimé qu’il n’y avait aucun risque que l’Italie devienne la prochaine victime de la crise de la zone euro si elle mettait en oeuvre les réformes établies par le président du Conseil Mario Monti. « L’Espagne aussi est sur la bonne voie ; elle ne nécessite pas un programme d’aide. Elle a un problème particulier avec son secteur bancaire et je suis certain qu’elle le résoudra. »

De son côté, les formules d’Angela Merkel ont atteint leur but en Allemagne. Lorsqu’il s’agit d’asséner leurs quatre vérités aux donneurs de leçons, à commencer par la France, coupables aux yeux de la chancelière de vouloir relancer la « croissance à la pompe ». « le faux débat entre la croissance et la rigueur budgétaire, c’est n’importe quoi ! », a lancé la chancelière avec une familiarité dont elle n’est pas coutumière, preuve de son exaspération. Le mot « quatsch » qu’elle a utilisé et qui peut se traduire par «conneries» en est un signe. L’Allemagne se targue à juste titre d’être le seul pays producteur de croissance et à ce titre le pôle de stabilité en Europe. Avec un regard appuyé vers le nouveau président français, Angela Merkel n’a pas manqué de rappeler le niveau du coût du travail et les performances économiques de l’Allemagne par rapport à la France. La comparaison est cruelle pour Hollande : pour ne parler que du seul PIB de l’Allemagne, au premier trimestre 2012, avec 0,6 % il équivaut à la prévision de croissance annuelle de la France ! On peut donc comprendre que les leçons de croissance de ce dernier soient mal perçues venant de la France qui est le mauvais élève en la matière et se refuse à toute mesure de rigueur ou de réformes de structures pourtant engagées en Espagne et en Italie qui doivent être l’un des moteurs de la croissance future.

Par ailleurs, l’Allemagne estime payer très largement sa part pour sauver l’Europe du sud (la cigale de l’Europe) et ne pas pouvoir contribuer au-delà de ce qui a été fait. En échange de sa contribution, Berlin exige maintenant des garanties ; ce qui n’a rien d’anormal. Le traité de Maastricht, en échange de l’abandon de son cher deutsche mark, était sensé assurer à l’Allemagne l’indépendance de la BCE et la garantie que les États ne voleraient pas au secours les uns des autres. Une exigence bafouée à maintes reprises depuis le début de la crise, au grand dam des allemands, très attachés au respect des textes. Dans ces conditions, on comprend mieux que la vertueuse Allemagne se refuse à être réduite à un simple rôle de banquier, tant que des pays comme la France ne s’engageront pas fermement à respecter les traités européens.

Au demeurant, à moyen terme, l’Allemagne ne paraît pas totalement hostile aux eurobonds, à condition que les pays de la zone euros s’engagent rapidement vers une Europe fédérale. Une réelle avancée proposée par l’Allemagne de nature à sauver l’Europe de l’impasse actuelle. On aimerait que la France réponde positivement à cette proposition allemande qui permettrait de régler biens des problèmes à moyen terme. La première avancée pour la France serait d’ailleurs d’adopter au plus vite la fameuse règle d’or ; ce que fera le Bundestag dés le lendemain du sommet de Bruxelles, le 29 juin.

Et que dire de la réception par le Premier ministre et le chef de l’Etat français des leaders de l’opposition allemande à Angela Merkel, moins d’un mois après leur arrivée au pouvoir, alors même que la chancelière allemande Angela Merkel n’a toujours pas été officiellement reçue en France ? Des pratiques inadmissibles et peu respectueuses du protocole qui en disent long sur l’amateurisme de Hollande et de son gouvernement qui ne présage rien de bon dans les relations franco-allemandes et risquent de conduire la France à l’isolement au sein de l’Europe. Il serait temps que la France comprenne que son propre intérêt et celui de l’Europe c’est d’arriver à des compromis avec nos amis allemands qui ont tout à fait raison sur le fond.

En attendant, l’urgence pour la zone euro est de réaliser des avancée vers le fédéralisme prôné par Angela Merkel et quelques autres. La France aura-t-elle le courage de sacrifier un peu de son indépendance au profit de l’Union ? Le sommet européen de fin juin devrait être décisif.

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