France : aveuglé par les échéances électorales, le gouvernement Ayrault refuse de voir l’ampleur de la crise et les mesures de rigueur à prendre. Jusqu’à quand ?

A l’approche d’échéances électorales majeures, la gauche jouerait-elle au poker menteur ? C’est la question qu’on est en droit de se poser au regard d’un certain nombre de déclarations.

Voici quelques semaines, Jérôme Cahuzac, le ministre délégué au Budget avait estimé que « des mesures supplémentaires »  seraient très certainement nécessaires pour rééquilibrer les comptes publics. Pas plus tard que la semaine dernière, le nouveau président lors de sa première intervention télévisée, n’avait pas publiquement reconnu qu’il faudrait faire de nouvelles économies, sans en préciser la nature et l’importance.

Voici une semaine, c’était au tour de la Commission européenne de s’alarmer de la situation des finances publiques françaises. Si l’objectif de réduction des déficits publics à 4.4 % du PIB en 2012 paraît devoir être  atteint, tel ne serait pas le cas pour l’année 2013 où le déficit devrait rester à un peu plus de 4% du PIB contre un objectif de 3%. Bruxelles estime que la réduction du déficit public reste un des principaux défis à relever par la France et qu’il va falloir réagir très rapidement et réaliser de nouveaux efforts si le pays veut respecter son objectif pour 2013. Dans son dernier rapport, la commission européenne pointe également la faiblesse de la croissance de la France : 0,5% en 2012 et probablement pas plus de 1.5% en 2013. Voilà qui ne va guère dans le bon sens pour le nouveau gouvernement français.

Le rapport de la Cour des comptes et l’inspection générale des finances ne font d’ailleurs que dire la même chose. La Cour des comptes a notamment identifié « quatre problèmes qui sont au cœur des promesses de François Hollande : les dépenses de personnel, les niches fiscales, les aides sociales à l’emploi ou au logement ainsi que le financement d’opérateurs de l’Etat » (Météo France, CNRS, Pôle emploi…).

Avec un taux de prélèvements obligatoires à 42,5 % du PIB, soit environ 7 points de plus que la moyenne européenne, la France était en 2010 le quatrième pays le plus taxé de l’Union européenne, selon des données publiées récemment par Eurostats. Elle arrive au deuxième rang pour la taxation du travail (41% en France contre 33,4% dans l’UE).  Malheureusement, ces taux risquent fort d’augmenter dans les prochains mois compte tenu des augmentations d’impôts prévues par François Hollande, à commencer par la seule mesure déjà annoncée pour le financement du retour partiel à la retraite à 60 ans. Dans ce contexte, pas sûr que les augmentations d’impôts prévues par le gouvernement pour retrouver l’équilibre budgétaire suffisent. Loin s’en faut, alors que les marges de manœuvres budgétaires restent très limitées.

Dans ce contexte, on voit mal comment le gouvernement socialiste pourrait respecter ses engagements de réduction des déficits publics avec un retour à l’équilibre dés 2016 pourrait être tenu sans une politique de rigueur exemplaire et une réduction massive des dépenses publiques, y compris au plan social.

Malgré cela, alors même que l’Europe semble s’enfoncer chaque jour davantage dans la crise, le ton semble changer sensiblement à entendre certains membres du gouvernement. Serait-ce l’approche du 1er tour des élections législatives ? Ainsi, lundi 04 juin à Bruxelles, Pierre Moscovici, le ministre français des Finances, a assuré que la France parviendra à ramener son déficit public à 3% du PIB en 2013, le tout « sans mesure d’austérité », s’il vous plaît. Après tout, plus c’est gros, plus çà passe !

Une chose est sûre, passé le second tour des élections, la gauche française n’aura pas d’autre alternative que de s’engager à son tour dans une politique de réduction des dépenses publiques, à moins d’ignorer les nombreux signaux d’alarmes et de plonger la France, l’Europe et le monde dans l’une des plus graves crises de son histoire. Les discussions s’annoncent très chaudes entre les diverses composantes du parti socialiste et les partis les plus à gauche. La rentrée risque donc d’être animée pour François Hollande, surtout si sa majorité est faible et qu’il doit, par la force des choses, recourir à une alliance avec ses alliés les plus virulents et démagogiques. Pas sûr que la France en sorte gagnante !

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