France : l’Europe conteste les objectifs de réduction des déficits pour 2013 et émet implicitement des réserves sur le projet Hollande

Les prévisions de Bruxelles, publiées quelques jours après la fin de la campagne électorale, prévoient pour la France un déficit public pour 2013 nettement supérieur à celui initialement envisagé.

Pour François Hollande, qui prépare son futur gouvernement : « Ce n’est pas une surprise… J’ai demandé une évaluation par la Cour des Comptes de la réalité budgétaire de notre pays, je savais depuis déjà plusieurs semaines qu’il y avait une dégradation plus grande que le gouvernement sortant ne le disait de nos comptes publics.» Pour la majorité sortante : « C’est un sérieux avertissement pour François Hollande, qui a promis des dépenses inconsidérées », estime pour sa part Valérie Pécresse, ministre du Budget.

Sur les perspectives de croissance, Bruxelles veut bien croire à un déficit français réduit à 5,2% du PIB en 2011 et à 4,5% du PIB en 2012, comme l’a prévu l’équipe Sarkozy. En revanche, pour 2013, la Commission européenne ne croit pas à un retour possible à 3% de déficit, niveau affiché tant par Nicolas Sarkozy que par François Hollande. Pour 2013, Bruxelles retient en effet le chiffre de 4,2% de déficit ; soit une très faible réduction par rapport à 2012, bien loin des 3% prévus.

La Commission européenne se garde bien de donner un blanc seing à François Hollande. D’ailleurs, le rapport officiel ne fait aucune mention au projet du nouveau président, dont les grandes lignes seront transmises en juin prochain à Bruxelles. Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques a indiqué : « Nous attendons que les autorités françaises spécifient les mesures envisagées pour 2013 ». Un nouveau document relatif aux finances publiques pour la période 2012-2016 devrait être communiqué à la Commission début juillet. Pour autant, les experts européens connaissent les grandes lignes du futur gouvernement socialiste : une réduction du déficit fondée principalement sur des hausses d’impôts, à hauteur de 29 milliards d’euros. Ces 29 milliards qui représentent près de 1,5% du PIB, permettraient au moins en théorie, de ramener le déficit à 3% en 2013, selon à l’engagement d’Hollande. Michel Sapin, qui devrait être logiquement nommé ministre des Finances du nouveau gouvernement, estime par sa part que ces nouvelles prévisions de Bruxelles ne sont pas en contradiction avec le projet socialiste qui : « … consiste à changer de politique pour maîtriser les dépenses, augmenter les recettes de manière juste et efficace et, surtout, changer de politique économique au niveau national et européen pour stimuler la croissance ». Ah la croissance… si c’était aussi facile à réaliser !

En coulisse, les experts européens sont unanimes pour affirmer que le projet Hollande fait la part trop belle aux augmentations d’impôts et que les baisses de dépenses publiques restent trop insignifiantes eu égard à l’ampleur des déficits. Il n’est d’ailleurs pas acquis que l’augmentation brutale des impôts de 29 milliards d’euros (12 milliards visant les particuliers aisés, mais aussi les plus modestes comme les salariés réalisant des heures supplémentaires, et 17milliards concernant les entreprises), suffise à elle seule à contenir les déficits sans une réduction concomitante et importante des dépenses. L’empressement avec laquelle Hollande veut rétablir le barème de l’ISF dés 2012 (une mesure purement idéologique et une caution donnée à son aile gauche) tranche singulièrement avec le manque de volonté à s’attaquer aux vrais problèmes de la France : les déficits structurels.

A Bruxelles comme à Berlin d’ailleurs, on souhaiterait plutôt des économies réalisées sur les dépenses et surtout, de véritables réformes structurelles visant à réduire durablement les déficits. En effet, si la France veut retrouver les chemins de la croissance, ce n’est pas par l’augmentation des impôts et des dépenses publiques qu’elle y parviendra, mais uniquement par la maitrise de ses dépenses et plus encore, par la poursuite d’importantes réformes de structures engagées par Nicolas Sarkozy. Si certains proches de François Hollande déclarent volontiers vouloir engager des réformes structurelles, il semble qu’ils emploient ce terme sans en mesurer la signification réelle. Peur eux, il s’agit d’abord de mettre en place des mesures « qui permettront de relever le potentiel de croissance à travers le rétablissement de notre industrie » au travers notamment d’une banque publique d’investissement. Ce qui n’est pas du tout la même chose. Ceci n’a rien à voir avec les mesures radicales prises en Allemagne avec la réforme du marché du travail, consistant notamment à minorer les allocations chômage et encourager toute forme de travail. Mario Monti a pris les mêmes mesures récemment en Italie pour rétablir les finances publiques, pourtant en meilleure forme qu’en France.

Voilà qui promet des discussions houleuses avec Angela Merkel à Berlin dés la prochaine entrevue prévue le 15 mai. Si certes, il faut soutenir la croissance pour réduire les déficits publics, ce ne peut être en s’endettant un peu plus comme le suggère les socialistes français. François Hollande est au pied du mur ; le temps est venu pour lui de dévoiler son projet pour la France et de faire preuve de pragmatique et de crédibilité au plus vite. L’urgence de la situation des finances publiques fait qu’il n’y aura pas d’état de grâce et qu’il sera jugé sur pièce et pas uniquement sur des discours électoralistes.

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :