France : l’énergie nucléaire s’invite dans le débat de la campagne présidentielle (1)

La situation énergétique de l’Allemagne n’est en rien comparable à celle de la France

L’Allemagne, au cours de l’année 2011, a arrêté prés de la moitié de ses réacteurs nucléaires principalement localisés dans le sud du pays, proches de la France, en attendant la fermeture de l’ensemble de son parc au cours de la prochaine décennie. Du coup, elle se voit contrainte d’investir lourdement dans les centrales au gaz, voire au charbon, pour compenser la baisse de la production d’électricité d’origine nucléaire. Elle va également devoir moderniser et densifier son réseau de distribution à haute-tension entre le nord et le sud du pays, déficitaire en électricité.

Cette évolution vers le zéro nucléaire aura un coût considérable pour l’Allemagne. Elle ne peut se faire que parce ce que ce pays avait une situation très favorable ; à savoir une part d’énergie nucléaire de l’ordre de 23% seulement, une quote-part de 12% dans les énergies renouvelables (hors hydraulique), une production d’électricité largement excédentaire, combinée à une baisse régulière de la consommation de l’ordre de 10% par an et surtout un prix de l’énergie électrique deux fois plus élevé qu’en France. Une situation très différente de celle de notre pays et qui n’est donc pas transposable.

En effet, dans notre douce France, l’électricité d’origine nucléaire représente 75% du total de l’électricité produite alors que les énergies renouvelables (hors hydraulique) représentent en 2011 un maximum de 3% seulement. Par ailleurs, la production d’électricité est déficitaire en hiver et été lors des pics de consommation (elle doit importer une part de son électricité, notamment d’Allemagne) pour éviter le blackout ces dernières années. Autre difficulté supplémentaire, en non des moindres, la consommation d’électricité en France  demeure en augmentation sensible en dépit des aides fiscales, notamment du fait d’un prix de vente de l’électricité très bas (50% plus bas qu’en Allemagne). Un choix politique qui incite à la consommation et pénalise lourdement l’opérateur électrique national, EDF qui a aujourd’hui beaucoup de mal à trouver les fonds nécessaires pour financer ses lourds investissements dans le nucléaire (y compris la modernisation et le démantèlement des réacteurs), mais aussi dans les énergies renouvelables.

Dans ces conditions, la transition énergétique française n’est pas pour demain. La France pourra difficilement se passer du nucléaire avant au moins 50 ans du fait du retard pris dans les énergies renouvelables qui lui font tant défaut aujourd’hui. Ceci est d’autant plus compliqué que depuis plus d’une décennie, en dépit du nombre important de ses réacteurs nucléaires, la France frise le blackout régulièrement la rupture d’électricité lors de pics de consommation d’électricité. Sans parler de la nécessité d’investissements urgents dans le réseau électrique pour mieux alimenter le pays, notamment vers l’ouest et le sud-est régulièrement en déficit d’électricité.

Dans ce contexte, l’accord politique entre le PS et EELV prévoyant la suppression de 24 réacteurs nucléaires d’ici 2025 ne paraît guère crédible. Du seul fait de la quasi-impossibilité d’importer de l’énergie nucléaire d’Allemagne pour les années à venir, les difficultés d’approvisionnement de la France ne vont pas manquer dés 2013, notamment en cas de grand froid ou de fortes chaleurs. Même si Henri Proglio, le président d’EDF se veut rassurant en affirmant qu’un maximum de centrales nucléaires sera opérationnel cet hiver, contrairement aux années passées, la France ne disposera pas de réelles marges de manœuvres surtout si la consommation continue d’augmenter.

Est-il politiquement correct de laisser croire aux français que le pays pourra, en l’espace de 15 ans seulement, se passer de 24 réacteurs nucléaires et même de l’EPR comme l’affirment les politiciens d’EELV et de la gauche en général ? D’un coût de plus de 6 milliards d’euros, l’EPR de Flamanville, réacteur de 3ème génération, devrait être beaucoup plus sûr et fiable dés son couplage au réseau EDF courant 2016. A ce stade, il paraît pour le moins farfelu et irresponsable de laisser entendre qu’il serait possible de se passer de ce dernier alors même qu’il pourra produire bien plus d’énergie que bien des centrales d’ancienne génération qu’il faudra de toute façon arrêter à brève échéance.

Une chose est sûre, le prix de l’électricité en France va fortement augmenter dans les prochaines années et retrouver un prix plus conforme à son coût réel de production.

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