France : les vrais raisons de la probable remise en cause de la note AAA

En assortissant ces derniers jours la note AAA de la France, ainsi que celle d’autres pays de la zone euro d’une perspective négative, les principales agences de notation avec en tête Standard and Poors, ont enclenché le processus conduisant à la remise en cause de la note maximale. Si la France figure en bonne place parmi les futurs pays qui risquent de se voir dégradés, les autres AAA de la zone euro, à commencer par l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas (les bons élèves de la zone euro) risquent de subir le même sort.

Dans ce contexte, il est vain de vouloir accuser les agences de notation d’impartialité au regard de la situation du Royaume-Uni dont la note AAA ne devrait pas être dégradée dans l’immédiat au moins. Les propos tenus récemment par le président de la banque de France et le premier Ministre François Fillon, cachent le désarroi du pays face à une décision inéluctable.

N’oublions pas que si la dette du Royaume-Uni est aujourd’hui supérieure à celle de la France (86% du PIB contre 81%), ce ne saurait être le seul critère pour juger une notation. Tout d’abord, nos amis britanniques ne font pas parti de la zone euro et ne sont donc pas liés par le traité de Maastricht ; ils battent par ailleurs leur propre monnaie, la livre sterling, qu’ils peuvent à tout moment dévaluer. Enfin, et c’est probablement le plus important et ce qui manque au plan de rigueur français : il porte sur prés de 80 milliards d’euros, contre 8 pour la France, et sur une réduction massive des dépenses publiques, y compris au niveau social, de la santé et de l’enseignement. Nous sommes en France bien loin de cette politique de rigueur extrême, échéances électorales oblige. C’est la principale raison pour laquelle le Royaume-Uni devrait pourvoir conserver son AAA, pour l’instant au moins.

Le sort de la France est directement lié à celui de la zone euro. Le seul moyen de redonner confiance dans la zone euro est de voir dans l’ensemble des pays, converger les politiques économiques, sociales et budgétaires au plus vite, y compris du sud de l’Europe. Pour cela, une politique de rigueur budgétaire visant à réduire massivement les dépenses publiques est le préalable. Elle seule peut permettre de retrouver la croissance et l’emploi. Il est vrai que tout cela reste contradictoire et qu’il convient de trouver le bon dosage entre réduction des dépenses et l’augmentation des impôts.

Contrairement à d’autres pays, tels la Grèce, l’Irlande, l’Espagne, le Portugal, l’Italie ou le Royaume-Uni, une fois de plus, la France a choisi la facilité en limitant au strict minimum les réductions de dépenses au profit des augmentation d’impôts et de taxes. Tout cela pour tenter de ne pas trop freiner la croissance et de protéger la majorité des français des effets de la crise. Pas sûr que ce soit le bon choix.

C’est probablement, pour partie, en raison du manque de volonté du gouvernement français à s’attaquer largement et durablement aux dépenses publiques, que la France est aujourd’hui en passe de perdre son AAA. L’autre raison est que la France appartient à la zone euro dont les politiques budgétaires divergent et manquent singulièrement de rigueur du fait de l’absence de sanctions automatiques. Ce que devrait prévoir le futur traité. Tous les pays de la zone euro étant dans le même bateau, tous paient aujourd’hui pour le manque de rigueur des pays du sud.

Un dernier facteur ne plaide pas pour le maintien du AAA à la France : le contexte politique français où le candidat de l’opposition ne semble pas, loin s’en faut, être déterminé à poursuivre une politique de rigueur budgétaire pour les années à venir et demande même une renégociation du nouveau traité envisagé le 8 décembre dernier par les 26 membres, pour sauver la zone euro. Comme aux USA, il y a 6 mois, en raison des profondes divergences entre démocrates et républicains, la situation politique française est tendue en raison des divergences profondes entre le gouvernement français et le parti socialiste sur les mesures à prendre pour sortir de la présente crise.

La récente déclaration de François Hollande, candidat socialiste à propos de ce qu’il appelle « le triple échec » de Nicolas Sarkozy, ne contribue pas à rassurer les marchés sur la volonté de ce dernier à s’attaquer aux dépenses publiques. Ce dernier oubli un fait essentiel : la France et la zone euro traversent l’une des plus graves crises financières de leur histoire, totalement étrangère au président français qui ne fait que la subir, pour l’instant, plutôt bien que mal. Mais pas sûr que cela dure car la pression politique de l’élection présidentielle pèse de plus en plus sur les décisions. Si la dette française est aujourd’hui à plus de 80% du PIB, c’est le fruit de 30 années de mauvaise gestion par les gouvernements successifs, y compris socialistes. Alors, un peu de modestie dans les critiques !

Quand à la croissance et à l’emploi, ils ne sont hélas que la principale résultante de la présente crise. La France limite les dégâts au plan social par rapport à de nombreux pays européens, mais pour combien de temps ? Que M. Hollande ne se trompe pas, c’est par un effort de réduction des dépenses publiques sans précédent, dans le respect des engagements européens de la France, que notre pays pourra retrouver les chemins de la croissance et de l’emploi et non par quelques incantations électoralistes. A quelques mois de la présidentielle, les propos de François Hollande ne sont rien d’autre que de la poudre de PerlinPinpin qui ne trompe personne.

Si dégradation de la note AAA de la France il y a, ce ne sera que le prix à payer pour 30 années de laisser-aller et de non maitrise des dépenses publiques et non la faute aux agences de notations qui auraient d’ailleurs du tirer le signal d’alarme bien plus tôt. Les français l’ont bien compris, le moment est venu où il va falloir régler l’addition, élection présidentielle ou pas. Espérons que l’on commencera par faire payer ceux qui en ont les moyens et qui ont largement profité de la situation économique de ces dernières années !

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