Bretagne : la dangerosité des algues vertes confirme les risques sanitaires liés à l’agriculture française

Selon les résultats des analyses officielles, rendues publiques  à la suite de la mort de 36 sangliers dans l’estuaire du Gouessant (Côtes-d’Armor), l’implication de l’hydrogène sulfuré émis par les algues vertes en putréfaction serait clairement établie.

Les algues vertes, une fois échouées sur les côtes, sous l’effet de la chaleur, entrent en putréfaction. Outre les nuisances liées à leur présence, notamment au plan touristique pour les plages ouvertes à la baignade, elles produisent des gaz toxiques dont l’hydrogène sulfuré (H2S) qui peut être mortel en quelques secondes, en fonction de la dose inhalée. En effet, au lieu de s’évaporer, le gaz peut être piégé par endroit et libéré soudainement, présentant alors un risque mortel pour ceux qui se trouvent à proximité. Ce risque est particulièrement grave pour les enfants qui sont les plus exposés, de par leur petite taille, à inhaler le gaz échappé.

Les toutes dernières analyses révèleraient la présence de 2,45 mg/kg de H2S, soit plus du double du taux relevé chez un cheval, mort en 2009 dans le même contexte. En juillet de la même année, un homme avait également trouvé la mort après avoir transporté des algues en décomposition. C’est à la suite de ces évènements que l’Etat et les collectivités ont mis en place un plan prévoyant le ramassage systématique des algues et la réduction, à terme, des rejets azotés qui favorisent la prolifération des marées vertes.

Il ne fait donc plus aucun doute que les algues vertes  sont responsables de la mort des 36 sangliers sur les plages bretonnes. Les analyses effectuées ont disculpé la présence de poisons et de cyanobactéries, tout en révélant un taux record d’hydrogène sulfuré (H2S). Le magazine Le Nouvel Observateur, repris par Sciences et Avenir, rapportait les conclusions de la préfecture des Côtes-d’Armor : « En l’état actuel des données, les seuls résultats significatifs portent sur le H2S ».

« Il y a un changement de ton, on a l’impression que l’on sort de la politique du camouflage. Aujourd’hui, la préfecture reconnaît clairement la responsabilité de l’hydrogène sulfuré et des algues vertes. De ce point de vue le dossier est clos », a reconnu de son côté le docteur Claude Lesné, ancien chercheur au CNRS, spécialiste de la toxicité des polluants aériens.  Enfin, Gilles Huet, délégué général de l’association Eau et rivières de Bretagne a déclaré à l’AFP  que les conclusions étaient claires et mettaient très clairement en cause la responsabilité de l’hydrogène sulfuré et des algues vertes. Il a appelé le gouvernement à revenir sur son « projet d’assouplissement des règles d’épandage », et demandé à ce que « l’Etat et les collectivités locales à ferment toutes les plages où le ramassage ne peut être assuré ».

Au vu de ces résultats indiscutables, mardi 9 août, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’écologie a déclaré : « La priorité dans ce contexte, c’est l’application des mesures de protection : aucune plage où les algues vertes ne peuvent être ramassées toutes les vingt-quatre heures ne doit être fréquentée ». En limitant le dépôt d’algues à vingt-quatre heures, Nathalie Kosciusko-Morizet a choisi l’échéance la plus stricte, puisque l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) recommande, elle, un délai de vingt-quatre à quarante-huit heures.

Jusqu’à présent, si les écologistes et les scientifiques ne manquaient pas d’alerter les autorités sur les dangers de ces marées vertes et de possibles empoisonnements dû aux algues en décomposition ; de leur côté, les agriculteurs et le monde agricole dans son ensemble rejetaient cette hypothèse. Une réaction pour le moins étonnante lorsque l’on connaît le lien direct entre le lisier de porc, dont la Bretagne est championne, et la prolifération de ces algues vertes.

On pourrait aussi plus largement parler des effets désastreux d’une agriculture intensive et productiviste française, championne du monde pour l’utilisation des engrais et autres pesticides. On constate quotidiennement les effets désastreux de ces produits hautement nocifs sur la santé des populations vivant en zone rurale mais aussi des consommateurs en général. Même si elles ne plaisent pas au monde agricole, les études scientifiques établissent un lien direct avec certains produits utilisés dans l’agriculture. Que dire de la mauvaise qualité des rivières françaises et de nombreuses nappes  phréatiques devenues totalement impropres à la consommation, et pas qu’en Bretagne. Toutes les régions agricoles françaises sont touchées.

Il suffit de regarder l’état désastreux de certains cours d’eau aveyronnais, le Dourdou par exemple entre Bozouls et Grand-Vabres, pour mesurer l’importance des dégâts liés à l’agriculture alors même que les villes et villages traversés sont équipés de stations d’épuration depuis de longues années. En France, notre agriculture est encore très loin d’être raisonnée ou biologique alors que certains pays en voie de développement sont très en avance sur ce point, car c’est l’avenir de l’agriculture. Pourquoi tant d’irresponsabilité de la part de l’agriculture française ?

La responsabilité de la majorité de la filière agricole française est ici pleine et entière. Il faut le crier haut et fort, même si cela ne plaît pas à certains. Il y va de la santé et de la sécurité sanitaire des français, mais aussi de l’avenir de notre agriculture.

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