Dette publique : Standard & Poor’s a dégradé la note AAA des Etats-Unis

Le 05 août 2011, pour la première fois de son histoire, la note AAA attribuée à la dette publique américaine a été dégradée par la principale agence mondiale de notation Standard & Poor’s. Elle a été ramenée à AA+ avec perspectives négatives. En d’autres termes, dans les prochains mois, en fonction de l’évolution de la situation américaine, l’agence se réserve la possibilité de baisser à nouveau celle-ci.

Cette brutale dégradation de la note de la principale puissance économique mondiale risque de jeter un froid sur l’économie américaine et mondiale. Compte tenu de l’interdépendance des économies, les effets risquent en effet d’être désastreux sur la consommation et la croissance de nombreux pays  européens à un moment où elle était déjà proche de zéro. D’autre part, de nombreux autres pays notés AAA, comme la France, le Royaume-Uni, le Japon…, ne risquent-ils pas de voir à leur tour leur note rétrogradée en AA+ ?

S’agissant des USA, depuis quelques mois déjà, la note AAA était été accompagnée d’une perspective négative, ce qui laissait prévoir une possible dégradation. Celle-ci s’explique d’une part, par les difficultés rencontrées par le gouvernement américain pour parvenir à un accord avec le Congrès en vue d’une augmentation de la dette et, d’autre part, par l’absence de véritable accord politique visant à une réduction durable des déficits américains. A cela, il faut ajouter des perspectives de croissance en berne pour les deux années à venir, et donc le risque d’une explosion de la dette. De ce point de vue, la décision de l’agence Standard & Poor’s n’est pas une véritable surprise et les autres agences de notations risquent de suivre dans les prochaines semaines.

Pour autant, même si cette dégradation ne va pas faciliter la réduction de la dette, nul ne conteste la solidité de l’économie américaine et sa capacité à rebondir, notamment si un véritable accord politique intervient dans les prochains mois, comme l’a souhaité le président Barak Obama. La plupart des pays occidentaux, à commencer par la France et le Japon, ont dit leur confiance dans l’économie américaine. Par contre, la Chine, via son agence officielle s’est inquiétée de cette dégradation en AA+ des Etats-Unis (le pays est le principal créancier américain et détient 1 100 milliards de dollars de dette) affirmant : « La Chine est dorénavant dans son droit d’exiger des Etats-Unis qu’ils affrontent le problème de leur dette structurelle et assurent la sécurité des actifs chinois en dollars ».

Qu’en est-il en Europe ? Peut-on craindre une dégradation des notes AAA attribuées aux grands pays ? Il ne fait aucun doute que si cela devait arriver, les économies européennes s’en trouveraient nécessairement affectées à un moment où la consommation des ménages et la croissance sont en retrait, à l’instar de la France. Concernant notre pays, les dernières réformes engagées par le gouvernement, notamment celle du régime des retraites ainsi qu’un certains nombre de réformes de structures, sont de nature à rassurer sur la volonté de la France à s’attaquer à ses déficits publics structurels et donc à la réduction de sa dette. Mais il est peu probable que cela suffise à calmer durablement les doutes sur la capacité de notre pays à résorber rapidement celle-ci, surtout à l’approche d’une élection majeure à la mi-2012.

Si la note AAA de la France est actuellement assortie d’une perspective stable, encore faut-il transformer l’essai et convaincre nos créanciers que la réduction des déficits publics et de la dette restent la priorité des priorités. Pour cela, notre pays va devoir donner de sérieux gages dans les mois à venir, d’autant que les perspectives de croissance à plus de 2% pour 2012 et 2013 semblent bel et bien s’envoler. Il va donc falloir rapidement prendre de nouvelles mesures pour contenir nos déficits à 5.7% du PIB en 2011, 4.6% en 2012 et 3% en 2013. La France sera jugée sur sa capacité à respecter les engagements pris.

La France ne fera pas l’économie d’inscrire dans sa constitution la règle d’or visant à limiter les déficits publics, comme l’on fait, ou sont en passe de le faire, de nombreux pays. Ce serait, à n’en pas douter,  un signe fort envoyé à nos créanciers, montrant notre détermination à s’engager durablement dans la lutte contre les déficits structurels qui gonflent la dette. Mieux encore, il serait opportun qu’en cette veille d’élection présidentielle, la droite et la gauche social-démocrate fassent cause commune dans cette bataille ô combien importante pour l’avenir de notre pays car il n’est pas acquis que les français puissent continuer à être épargnée par la crise, comme cela a été le cas ces dernières années car tout cela à un coût qu’il sera difficile de supporter indéfiniment.

Le monde et l’Europe en particulier, traversent une grave crise sans précédent dont personne ne peut aujourd’hui dire quand et comment nous allons en sortir. Dans ces circonstances particulièrement difficiles, un peu d’unité et de cohérence politique ne peut qu’être la bienvenue pour préserver nos concitoyens, notamment les plus fragiles, d’une situation qui pourrait s’avérer dramatique si l’on n’y prête garde. Quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle, il n’y aura qu’une seule et unique politique économique et budgétaire possible pour la France, fondée sur la rigueur et encore la rigueur. Cela passera aussi par une fiscalité plus équilibrée qui n’épargnera pas les niches fiscales et les hauts revenus qui n’ont guère souffert de la crise ces dernières années.

Conserver la note AAA, c’est le meilleur moyen de favoriser la croissance et de réduire la dette rapidement. Présidentielle ou pas, la France devra faire des efforts soutenus pour sortir de la crise actuelle.

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