Allemagne : les conséquences de la volte-face d’Angela Merkel sur l’énergie nucléaire

Il y a un peu plus d’un an, Mme Angela Merkel avait décidé de prolonger la durée des centrales nucléaires allemandes contre l’avis des Verts et d’une bonne partie de la population. Lors des récents scrutins régionaux début 2011, son parti, la CDU  a connu une véritable débâcle et a du assister impuissant à la montée des Verts (Grunen). Après la victoire de ces derniers dans le land de Hambourg, à la surprise générale, ces derniers ont emporté le land de Bade-Wurtenberg, le bastion électoral des chrétiens-démocrates depuis prés de 50 ans. La bérézina pour Merkel et la CDU !

La chancelière a senti le vent tourner et a brutalement décidé, contre l’avis d’une partie de son propre camp, de renoncer définitivement à l’énergie nucléaire d’ici 2022. D’ores et déjà, 7 des 17 réacteurs parmi les plus anciens ont été arrêtés en mai 2010 et ne devraient plus redémarrer. Les dix autres seront stoppés progressivement d’ici 2022, date à laquelle l’Allemagne ne devrait plus produire d’énergie nucléaire. Début 2011, prés de 25% de l’énergie électrique en Allemagne était d’origine nucléaire, soit une production de l’ordre de 20 Gw pour des besoins globaux de l’ordre de 75 Gw. Un sacré défi à relever.

Si le grave accident à la centrale nucléaire de Fukushima a largement contribué à la volte-face d’Angela Merkel, quelque part, il s’agit plus probablement d’un calcul politique destiné à limiter l’impact des échecs électoraux présents et futurs, et, le cas échéant, de préparer une alliance électorale avec les Verts en 2013. La rapidité avec laquelle la décision a été prise par la chancelière, sans consultation avec les autres pays européens, en a surpris plus d’un, y compris les industriels d’outre-Rhin eux-mêmes (et pas que les électriciens E.on, RWE ou Vattenfal) qui s’interrogent aujourd’hui sur le développement de l’industrie en Allemagne, fortement consommatrice d’électricité.

En 2010, la production d’énergie électrique en Allemagne se répartit ainsi : 42% de charbon, 25% de nucléaire, 18% de renouvelable (hydraulique, éolien et solaire) et 15% de gaz. Comparativement, la France est aux antipodes avec 75% d’énergie nucléaire (et de très loin, le plus fort taux d’énergie nucléaire dans le monde) et seulement 12% d’énergie renouvelable, dont 10% d’origine hydraulique.

La décision de l’Allemagne, qui fixe la date butoir de 2022 pour la sortie du nucléaire, n’est en effet pas sans poser de nombreux problèmes. Comment compenser en 10 ans la perte de 25% d’énergie ? Peut-on remplacer une énergie stable et régulière par une énergie renouvelable aléatoire (éolienne et solaire) ? Comment limiter les rejets de CO2 liés à l’augmentation du nombre de centrales thermiques utilisant des énergies fossiles, telles le gaz et surtout le charbon, alors que l’Allemagne est aujourd’hui, et de loin, le plus grand émetteur de gaz à effet de serre qu’elle s’est pourtant engagée à réduire drastiquement ?

Pour faire face à la perte de cette production d’énergie et parvenir à assurer son approvisionnement en électricité, le gouvernement de Mme Merkel va d’ici 2020 lancer d’importants investissements dans des centrales thermiques au gaz et au charbon, mais aussi dans les énergies renouvelables pour porter leur niveau actuel de 18% à 35%. Ajouté au coût du démantèlement des centrales nucléaires, voilà des objectifs pour le moins ambitieux. Suffiront-ils à compenser la perte de production des 17 réacteurs nucléaires ? Le succès de ce plan repose aussi sur la réduction importante des consommations de l’ordre de 10% et sur la capacité à disposer d’une énergie renouvelable qui puisse alimenter durablement le pays, y compris lors des pointes de consommation. L’Allemagne fait un pari pour le moins risqué avec un tel niveau d’énergie renouvelable alors que le simple maintien de son niveau de croissance actuel nécessite une énergie électrique abondante et constante.

La décision de l’Allemagne va nécessairement contribuer à désorganiser les circuits de distribution de l’électricité en Europe, d’autant que d’autres pays ont également décidé de renoncer ou réduire leur production d’énergie nucléaire. Dans ce conteste, on voit mal comment l’Allemagne pourra se passer, au moins les premières années, d’importer de l’énergie nucléaire de France comme cela a été le cas ces dernières semaines, suite à l’arrêt de 7 réacteurs. A l’inverse, comment la France qui importe de l’énergie d’Allemagne pour faire face à ses besoins aux heures de pointe en hiver, pourra-t-elle passer ce cap délicat ? Auprès de qui pourra-t-elle s’approvisionner ? Dans les deux cas, ce manque de souplesse dans la production d’énergie va nécessairement pénaliser les deux pays, et risque, à terme, à conduire à un véritable black-out certains jours de l’année, paralysant ainsi un peu plus nos économies qui n’en ont pas besoin. Ces problèmes d’approvisionnements ne manqueront d’ailleurs pas d’être accentués du fait des réseaux de distributions vieillissants et nettement insuffisants pour acheminer l’électricité entre les pays européens. D’où, à terme, une probable et inévitable augmentation du prix de l’électricité, mais aussi du gaz en raison, du fait des fortes demandes à venir de l’Allemagne…

Voilà qui ne va pas manquer de générer un certain nombre d’incertitudes au sein de la vieille Europe. Pour ces raisons et bien d’autres qu’il serait trop long d’évoquer ici, les questions liées à l’alimentation en énergie électrique de l’Europe vont devenir très rapidement un sujet brulant et délicat pour le vieux continent.

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