Europe : la crise financière en Grèce menace la stabilité de l’Union européenne

Les grecs n’en finissent pas de manifester contre les mesures d’austérité prises, ou en passe de l’être, par le gouvernement socialiste du Premier ministre George Papandréou. Pourtant, le pays est au bord de la faillite et incapable de faire face à ses échéances sans une aide extérieure.

A travers la crise grecque, mais aussi portugaise et irlandaise, c’est la politique laxiste menée ces dernières décennies par la plupart des pays du sud de l’Union européenne, souvent montrée du doigt par l’Allemagne d’Angela Merkel, qui est directement en cause et qui menace aujourd’hui l’ensemble des pays de la zone Euro. C’est pourquoi, sous la pression des bailleurs de fonds que sont le FMI et l’UE, George Papandréou, en dépit des manifestations, n’a d’autre choix que de mettre en place de nouvelles mesures d’austérité, y compris la privatisation de certaines entreprises publiques, s’il veut bénéficier d’un nouveau déblocage de fonds de 12 milliards pour assumer les fins de mois du pays.

Quel que soit l’humeur des grecs (il est vrai que les sacrifices demandés sont considérables), ces mesures s’imposent à M. Papandréou pour sauver son pays. Lui qui a hérité d’une situation financière catastrophique lors de son arrivée au pouvoir il y a quelques années, doit aujourd’hui tenter de composer avec cette même droite qui feint d’ignorer la gravité de la situation et fait preuve de la plus grande démagogie en allant jusqu’à demander l’allégement des mesures exigées. A ce rythme, la Grèce n’est pas sortie d’affaires. Les grecs et les gouvernements antérieurs, qui ont laissé la situation se dégrader sans réagir, seraient mieux inspirés de regarder la réalité en face.

La Grèce vit depuis longtemps au-dessus de ses moyens et n’a jusqu’alors engagé aucune réforme de structure lui permettant de réduire ses déficits publics, aujourd’hui à l’origine d’une dette considérable que le pays ne peut plus honorer. De plus, le travail non déclaré y génère une vaste économie souterraine  qui grève le budget de l’Etat, sans parler des régimes d’exonération d’impôts dont bénéficient certaines professions. En adhérent à l’Euro, la Grèce a omis d’engager les réformes qui allaient avec, notamment parce qu’elles exigeaient une rigueur que les grecs ne voulaient pas. Aujourd’hui, l’heure de régler la note a sonné et elle est salée. Les grecs, qui se sont comportés en « cigales », ne peuvent l’ignorer au risque d’entraîner avec eux toute l’Europe.

Dans ce contexte extrêmement difficile, on ne peut que souhaiter que M. Papandréou ramène les grecs et les partis politiques à la raison. Qu’il s’agisse d’un remaniement du gouvernement ou d’un éventuel gouvernement d’union nationale, les politiques grecs, à commencer par l’opposition de droite, seraient bien inspirés de se montrer responsables plutôt que de tromper les électeurs. La Grèce ne s’en sortira pas sans un nouveau tour de vis d’austérité évalué à 28 milliards d’euros d’ici 2015. Outre une trentaine de privatisations, ce nouveau plan devrait concerner la réduction des aides sociales et des salaires des fonctionnaires, du budget des armées, mais aussi divers dispositifs de lutte contre la fraude fiscale et sociale.

Comme ils l’ont déjà fait, face à l’ampleur des déficits publics grecs, les européens n’ont pas d’autre choix que de venir à l’aide de la Grèce. Mais pour cela, le pays doit prendre rapidement des mesures drastiques. Déjà, certaines banques françaises, britanniques et allemandes, relativement exposées dans ce pays, ont vu leur note dégradée en raison des risques qui pèsent sur la capacité du pays à rembourser sa dette.

Le président Nicolas Sarkozy, s’exprimant ce jeudi 16 juin au siège de l’OCDE à Paris,  dans le cadre de la présidence française du G20, a appelé les pays européens à « faire preuve d’esprit de responsabilité et du sens des compromis nécessaires » pour défendre l’euro menacé par la crise persistante de la dette grecque. Le chef de l’Etat français a insisté sur la nécessaire unité entre les Européens. « Ce dont nous avons besoin le plus aujourd’hui, c’est d’unité. Il faut sortir des querelles nationales pour retrouver le sens de notre destin commun ». Et de conclure : « Sans euro, il n’y a pas d’Europe et sans l’Europe il n’y a pas de paix et de stabilité possible… ». Voilà qui a le mérite de la clarté et de la fermeté.

En ces temps de crise financière aigue, le FMI se doit de retrouver une direction générale opérationnelle. Gageons que Mme Christine Lagarde, favorite et reconnue pour ses compétences, si elle est élue le 30 juin prochain au poste de directrice générale, ne manquera pas de prendre ses responsabilités et d’assumer le rôle qui lui revient dans la gouvernance mondiale de cette crise.

De son côté, les pays européens devront tirer toutes les leçons de cette nouvelle crise interne. Plus que jamais, face à la mondialisation des échanges et eu égard à la taille modeste de chacun des grands pays qui la composent, l’Europe doit sans tarder envisager une nouvelle étape vers une Europe fédérale, seule à même de réguler l’économie et les finances publiques, et plus généralement d’assurer une véritable gouvernance dans les domaines de la politique étrangère et de défense, de la fiscalité, de la  santé et au plan social. Seule l’Europe pourra sauver l’Europe. Ne perdons pas de temps.

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :