Désastre nucléaire au Japon : quelles conséquences pour l’énergie nucléaire en France ?

Nul doute que les enseignements de la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon seront tirés partout dans le monde, à commencer par les nations les plus atomisées. En Europe, aussitôt connu le désastre japonais, la Commission a exigé que toutes les centrales nucléaires fassent l’objet de « stress tests » dans les meilleurs délais pour tester la sécurité des installations en service et, le cas échéant, mettre hors service celles qui ne répondraient pas aux critères exigés. Espérons que ces tests seront réalisés avec rigueur et dans la plus grande transparence. De son côté, François Fillon, le Premier ministre français, a demandé un état des lieux précis et circonstancié des centrales nucléaires françaises.

Alors que  les problèmes rencontrés par un seul réacteur nucléaire peuvent mettre en cause la sécurité d’une grande part de la planète, peut-on continuer à laisser les gouvernements des pays nucléarisés contrôler et sécuriser seuls leurs propres installations ? Manifestement, non, surtout aujourd’hui où certains pays sont en train de mettre en service des réacteurs «  low cost » à prix et sécurité minima, sans pour autant maitriser l’exploitation du cycle nucléaire. Plus que jamais, une organisation mondiale de contrôle des installations nucléaires disposant de larges pouvoirs et dotée d’une véritable autorité doit s’imposer à tous les pays disposant d’un arsenal nucléaire civil et militaire. En cela, le rôle de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) dans sa mission de contrôle de la sécurité de l’ensemble des installations nucléaires mondiales ne pourra qu’être renforcé.

Probablement faudra-il aussi avoir le courage de renoncer à construire ou exploiter des installations nucléaires de qualité médiocre, construites à la va-vite et à moindre coût, qui n’assurent pas une totale sécurité du cœur du réacteur nucléaire, notamment en cas de fusion de celui-ci suite à accident. La question se pose notamment avec acuité pour certains pays en voie de développement qui voudraient contrôler eux-mêmes leurs installations. Outre des exigences de sécurité renforcées, il paraît inévitable de fermer définitivement les centrales les plus anciennes et vétustes, datant de plus de 30 ans, plutôt que de tenter de prolonger leur durée de vie. L’ASN (Autorité française de Sécurité Nucléaire) a récemment émis des réserves sur la sécurité de certaines centrales nucléaires, notamment au regard de leur exposition aux risques naturels.

La France devrait donner l’exemple en mettant hors service ses installations les plus anciennes, à commencer par la centrale de Fessenheim sur le Rhin. Deuxième puissance nucléaire mondiale avec 58 réacteurs, contre 107 pour les Etats-Unis, la France va inéluctablement devoir réviser sa politique et notamment son fameux mix énergétique (78% de l’énergie électrique est d’origine nucléaire, contre 52% en Belgique, 25% au Japon, 20% en Allemagne et aux USA). Même s’il faudra de longues décennies pour assurer un rééquilibrage, le moment est venu pour elle de diminuer progressivement la part de l’énergie nucléaire et de favoriser massivement les énergies propres et renouvelables, telles le solaire et l’éolien.

La relative unanimité de la classe politique française, de droite comme de gauche, concernant l’énergie nucléaire, ne pourra perdurer bien longtemps. Depuis 50 ans, cette politique a conduit notre pays à tout miser sur l’énergie nucléaire qui représente plus de 78% de notre électricité, un seuil inégalé dans le monde. A cause de ce dogme du tout nucléaire, la France a raté sa diversification énergétique, notamment dans les énergies sûres, durables et renouvelables qui sont pourtant les énergies de demain. Qu’elle le veuille ou non, la France n’a pas d’autre alternative que de changer progressivement son fusil d’épaule et d’adopter au plus vite les énergies vertes et renouvelables.

Sauf à revenir à la bonne vieille bougie, ceux qui ne veulent pas du nucléaire devront choisir. L’heure des choix a sonné. La France doit se doter d’un parc éolien conséquent, et ce, aux quatre coins de l’hexagone, pour palier à la diminution progressive de l’énergie nucléaire. Le gouvernement vient d’ailleurs de valider un certain nombre de grands parcs off-shore sur la Manche et au large des côtes de Bretagne. C’est un début. Ne vaut-il pas mieux quelques beaux mâts éoliens à proximité de sa maison qu’une centrale nucléaire ou même des lignes à haute tension ? Il faudra aussi que les français finissent par comprendre que l’énergie est précieuse, rare et sera donc de plus en plus chère. Nous avons tous une responsabilité individuelle et l’heure est venue pour chacun de réduire drastiquement sa propre consommation d’énergie en adoptant une éco-attitude qui préserve notre environnement. En cela, les constructions BBC et à énergie passive ont un bel avenir.

Compte tenu de la singularité de sa situation et de l’urgence à agir, la France ne pourra faire l’économie d’un grand débat public sur l’énergie en général et le nucléaire en particulier. Nul doute que ce débat sera un thème fort de la campagne présidentielle française de 2012. N’oublions pas qu’il s’agit de l’avenir de chacun et de celui de la planète route entière.

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