France : Quand Manuel Valls relance le débat des 35 heures

Les 35 heures, instaurées par Martine Aubry, ministre du Travail de Lionel Jospin en 2009, sont entrées en vigueur dés le 1er février 2000, dans la fonction publique et les entreprises de plus de 20 salariés. La durée hebdomadaire du travail en France est depuis lors passée de 39 h à 35 h alors qu’elle restait inchangée dans les autres pays d’Europe et du monde.

Plus de 10 ans plus tard, on peut en mesurer les effets. Si dans un premier temps les salariés y ont vu des avantages avec la possible récupération de jours de RTT, aujourd’hui, le résultat reste plus que mitigé : les importantes embauches promises n’ont pas été au rendez-vous, le passage aux 35 h a profondément désorganisé le travail dans les entreprises et les administrations et surtout, il a accru considérablement les tensions et la pression sociale sur l’ensemble des salariés. Au final, les études montrent que la seule catégorie gagnante a été celle des cadres qui ont vu leur temps de travail réduit avec la récupération de nombreuses journées de RTT.

Pour les administrations et les services publics, le résultat a été plutôt mauvais car les 35 h ont généré un bouleversement de l’organisation interne et l’embauche que nombreux agents supplémentaires, ce qui alourdit considérablement les coûts de fonctionnement et mis certains services publics en difficulté : hôpitaux, police… Du côté des entreprises, si elles se sont adaptées en embauchant, elles ont assisté impuissantes à l’augmentation de leurs coûts salariaux et donc de leurs coût de revient. Du coup, leur compétitivité à l’égard de leurs concurrents a chuté au moment où certains pays émergeants tels la Chine et l’Inde faisaient une entrée fracassante sur le marché mondial en cassant les prix.

Que cela plaise ou non, la généralisation des 35 h en France a constitué un sérieux handicap pour l’économie française alors que notre principal concurrent, l’Allemagne, s’engageait dans une politique de compétitivité avec une modération des augmentations salariales. De ce point de vue, le décrochage entre la France et l’Allemagne a été accéléré par les 35 h ; d’où aujourd’hui un différentiel de croissance croissant en faveur de l’Allemagne. Le consensus des analystes et experts économiques partage largement cette opinion.

Depuis 2001, de nombreuses lois sont venues atténuer les effets économiques désastreux des 35 h dont les dernières en 2008, à tel point qu’on peut affirmer que le dispositif aujourd’hui en vigueur n’a plus rien à voir avec la loi initiale. Pour autant, ces diverses mesures ont aujourd’hui un coût direct (allégements des charges sociales des entreprises, exonération des heures supplémentaires…) de l’ordre de 22 milliards d’euros par an ; ce qui en ces temps de restrictions budgétaires, constitue une charge très lourde pour le budget de l’Etat. N’est-il pas temps de se demander s’il ne faut pas revoir ce qu’il reste du dispositif des 35 heures afin de rendre notre économie plus compétitive ?

Du côté du gouvernement de François Fillon, compte-tenu des dernières mesures de détricotage des 35 h, on se montre peu enclin à revenir sur un sujet ô combien sensible pour les français. Xavier Bertrand, le ministre du Travail s’est dit hostile à toute réforme qui aboutirait à faire travailler davantage les salariés pour un salaire identique. Selon le président de la République : « Les 35 heures uniformes et obligatoires n’existent plus. » Nicolas Sarkozy lors de ses vœux aux organisations syndicales a cependant écarté un éventuel changement de la durée hebdomadaire de travail. Il a toutefois appelé à une réflexion « sans tabou » sur le sujet. Du côté des entreprises, ce semble être le même son de cloche. Pas question d’y toucher. Elles se sont adaptées et organisées en fonction de la durée légale de 35 h et semblent aujourd’hui se satisfaire du dernier dispositif d’atténuation mis en place en 2008 par le gouvernement Fillon.

C’est dans ce contexte, qu’en ce début d’année 2011, Manuel Valls, candidat aux primaires socialistes en vue de l’élection présidentielle de 2012, a relancé le débat des 35 heures en déclarant qu’il fallait aujourd’hui « déverrouiller » les 35 heures, dites loi Aubry, votée en 2000 par le gouvernement de Lionel Jospin. Selon lui : « Ceux qui ont la chance d’avoir un emploi doivent pouvoir travailler deux ou trois heures de plus, sans avoir forcément recours aux heures supplémentaires qui ont beaucoup couté à l’Etat. » Un beau pavé dans la marre qui n’a pas manqué de faire des vagues au sein du parti socialiste et de la gauche, arcboutés sur un acquit qui n’en est plus un en 2011 et qui a coûté fort cher à la France en termes financiers, d’emplois et de compétitivité perdus. Les réactions à gauche ont été très virulentes, preuve que les vielles idéologies ne sont pas mortes.

Reconnaissons à Manuel Valls le courage et le mérite d’avoir abordé cette épineuse question et de l’avoir portée sur la place publique. C’est aussi la preuve que le débat politique est aujourd’hui difficile à l’intérieur même du parti socialiste. Ce dernier est en effet plus occupé par ses querelles intestines et les calculs politiciens liés à la stratégie à mener face au gouvernement et aux humeurs des français  que par les problèmes de fond qui minent notre pays et qui devront nécessairement être au cœur du débat présidentiel. Manuel Valls apparaît comme un candidat moderne et responsable qui se démarque des positions traditionnellement frileuses du parti socialiste. Nul doute que les français ne s’y seront pas trompés et qu’ils vont suivre avec beaucoup d’attention le parcours présidentiel du maire et député d’Evry. Et si un vent nouveau soufflait au sein de la gauche modérée et moderne permettait enfin l’éclosion d’un parti social démocrate ?

En raison de son coût exorbitant pour les finances publiques largement menacées, les 35 heures, et tout du moins ce qu’il en reste, seront nécessairement à l’ordre du jour de la campagne présidentielle 2012 et peut-être de 2017.

Le blog de Manuel Valls : http://www.valls.fr

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