France : augmenter le prix de l’électricité pour assurer le développement d’EDF (2)

Pendant de longues décennies, à la fois pour des raisons bassement électoralistes et du fait de leur dépendance envers les lobbies de l’industrie nucléaire, les gouvernements français successifs se sont refusés à autoriser une augmentation des tarifs de l’électricité qui soit en rapport avec la réalité des coûts de production et des investissements à financer, comme cela a été le cas dans les pays européens voisins. Privée de marge de manœuvres financières, depuis plusieurs années, EDF réclame des augmentations substantielles de ses tarifs pour faire face à ses énormes besoins. Finalement, il y a quelques mois, le gouvernement a retenu une position intermédiaire courageuse, permettant à l’entreprise d’améliorer sensiblement sa situation financière, tout en limitant l’impact financier sur les particuliers (+3%) et les entreprises (+5% en moyenne). Mais ce n’est qu’un début car cela ne suffira pas !

En 2010, le prix de l’électricité en France demeure de l’ordre de 25% moins élevé que dans la plupart des pays d’Europe, notamment de l’Allemagne. Les bas tarifs imposés par l’Etat à EDF, ont conduit l’entreprise publique à une asphyxie financière progressive qui la met aujourd’hui en difficulté pour financer ses importants investissements (rallongement de la durée de vie des centrales, frais de démantèlement, diversification dans les énergies renouvelables, modernisation du réseau de distribution…).

L’opérateur historique doit en outre  faire face à la concurrence qui s’installe progressivement sur le marché européen de l’électricité avec des groupes ambitieux : GDF-Suez, E.ON, Enel, RWE, Iberdrola… Même si EDF reste encore le premier producteur d’électricité au monde, les cartes sont en train d’être redistribuées avec la libération du marché européen, à l’instar de GDF-Suez qui est dorénavant le deuxième producteur d’électricité mondial après la récente acquisition d’International Power.

Pour permettre à EDF d’affronter la concurrence, les pouvoirs-publics n’ont d’autre choix que de poursuivre les augmentations de tarifs afin de lui permettre de retrouver rapidement des prix de vente en rapport avec ses coûts de production et ceux du marché. Au moment où les finances de l’Etat sont au plus mal, c’est le seul moyen d’assurer l’avenir d’EDF et lui permettre retrouver un haut niveau d’investissement nécessaire à la modernisation ses installations, de leur sécurisation et la diversification des moyens de production. C’est aussi le moyen de conforter et de développer toute une industrie qui gravite autour des énergies renouvelables et favoriser l’emploi dans cette filière, comme ont très bien su le faire nos amis allemands. Les contribuables et consommateurs français ne peuvent qu’être « reconnaissant » au lobby du nucléaire car c’est grâce à eux qu’ils vont aujourd’hui devoir payer une addition qui risque d’être salée.

Tout compte fait, n’est-ce pas au seul consommateur de payer l’électricité qu’il consomme à son coût réel et non au contribuable ? Ces augmentations du prix de l’électricité seront aussi l’occasion de sensibiliser  chacun au coût de l’énergie, à sa rareté et à la nécessité de l’économiser. Le consommateur a encore de larges marges de manœuvres pour réduire sa consommation et donc sa facture. Le monde change et il est plus que jamais nécessaire que l’industrie française s’adapte et investisse massivement dans les énergies renouvelables, sous peine de disparaître. Parmi les grands pays européens, avec des énergies renouvelables représentant moins de 8% de sa production, la France est aujourd’hui à la traine et risque de peiner à atteindre l’objectif de 20% fixé en 2020 par l’Union européenne.

Outre les énergies solaires et éoliennes, la France n’a d’autre choix que de moderniser ses installations hydroélectriques existantes. Gageons que le prochain renouvellement d’un certain nombre de concessions pour l’exploitation d’équipements hydroélectriques devrait permettre de dynamiser la production d’énergie propre et renouvelable, jusque là quelque peu délaissée par l’exploitant public. Car si l’énergie nucléaire restera incontournable en France durant de longues années, seules les énergies renouvelables permettront de satisfaire les besoins actuels et futurs, tout en préservant notre environnement et en réduisant notre dépendance énergétique.

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