Etats-Unis : le dollar dévalué pour soutenir l’économie américaine

12 novembre 2010

Le 3 novembre dernier, la Fed (Federal Réserve), présidée par Ben Bernanke, a déclaré que la banque centrale américaine allait racheter 75 milliards de dollars de bons du Trésor américain par mois  jusqu’à fin 2011. Au total, ce sont 600 milliards de dollars qui vont ainsi  être injectés dans le système financier américain pour soutenir l’économie. Le communiqué de la Fed indique : “…To promote a stronger pace of economic recovery and to help ensure that inflation, over time, is at levels consistent with its mandate, the Committee decided today to expand its holdings of securities. The Committee will maintain its existing policy of reinvesting principal payments from its securities holdings. In addition, the Committee intends to purchase a further $600 billion of longer-term Treasury securities by the end of the second quarter of 2011, a pace of about $75 billion per month…”

Une mesure unilatérale qui est loin de faire l’unanimité de par le monde car elle conduit immanquablement à une dévaluation du dollar avec toutes les conséquences que cela entraîne pour les autres monnaies et pays. Une fois de plus, l’Amérique utilise le dollar comme arme protectionniste oubliant qu’elle est aujourd’hui une puissance déclinante.

Même si la Fed est indépendante et a un rôle de régulation de l’économie américaine, il est difficile de croire qu’elle n’a pas agit en accord avec Barak Obama.  Sorti très affaibli des récentes élections de mi-mandat, en raison de la déception des américains confrontés une crise persistante et à l’absence de résultats sensibles, le président américain se devait de réagir pour favoriser la reprise de l’économie américaine s’il veut que ses électeurs en sentent les premiers résultats avant 2012, terme de son mandat. Il n’a d’ailleurs pas manqué de saluer la décision de la Fed : « Le mandat de la Fed, mon mandat est de développer notre économie. Ce n’est pas seulement bon pour les Etats-Unis, c’est bon pour le monde entier… ». Il est bien le seul à en être convaincu !

Alors que le yuan est déjà très largement sous-évalué par rapport aux principales devises et que Pékin s’obstine à refuser de réévaluer, l’euro est au plus haut à 1.43 dollar. Facteur aggravant pour ce dernier, la BCE (Banque Centrale européenne) doit maintenir une politique de rigueur pour faire face aux difficultés financières de certains de pays de la zone euro. Les Etats-Unis qui exigeaient il y a peu une réévaluation du yuan sont aujourd’hui bien mal placés pour donner des leçons aux chinois, d’autant que personne n’a oublié qu’ils sont eux-mêmes  à l’origine de la grave crise financière et économique et se montrent incapables de retrouver le chemin de la reprise.  L’Europe est bel et bien prise en étau.

La décision de la Fed démontre que l’Amérique n’a aucun scrupule à faire supporter aux autres pays le coût de sa reprise économique. Dans un monde aujourd’hui ouvert et globalisé, cette politique de création de monnaie conduira nécessairement à une baisse du dollar par rapport aux autres monnaies ; ce qui rendra l’économie américaine plus compétitive, mais à quel prix ? Pourquoi le reste du monde devrait-il payer pour leurs propres erreurs alors que la plupart d’entre eux, à l’instar de ceux de l’Union européenne, se sont engagés dans des politiques de rigueur budgétaire sans précédent pour faire face à cette crise venue principalement d’outre Atlantique ?

De leur côté, les principales économies mondiales en croissance et fortement exportatrices (la Chine, le Brésil et l’Allemagne notamment), n’ont guère apprécié et se sont montrées extrêmement critiques sur cette décision unilatérale américaine. Rainer Brüderie, le ministre allemand de l’Economie n’a pas mâché ses mots dans une interview au Welt am Sonntag : « La politique expansionniste des Etats-Unis m’inquiète parce qu’une expansion monétaire excessive se résume à une manipulation du taux de change du dollar… Cela se traduira par une dévaluation de la devise… Le protectionnisme n’est pas un recours utile pour contribuer à la stabilité de l’économie mondiale…  ». Les réactions chinoises ont été encore plus dures envers les Etats-Unis, les accusant de favoriser un dollar faible pour encourager la reprise américaine aux dépens des autres et de risquer ainsi de ruiner la reprise mondiale. Plus modérée, la France par l’intermédiaire de Christine Lagarde, ministre de l’Economie, a regretté que l’euro doive porter la décision de la Fed.

La décision de la Fed ne va guère favoriser l’image de Barak Obama à l’étranger et en Europe. Probablement le monde avait-il oublié et l’Europe en particulier, qu’un président américain, fût-il démocrate, défend toujours et d’abord les intérêts de son pays, surtout à l’approche des élections. Les européens devront se rendre à l’évidence, la réforme du système financier international n’est pas d’actualité pour les Etats-Unis et, une fois de plus, le protectionnisme américain revient en force. La reprise économique européenne risque ainsi d’être plombée par un rapport euro-dollar de plus en plus défavorable.

Au final, la décision américaine ne risque-t-elle pas d’anéantir la reprise mondiale et relancer l’inflation ? Nul doute que ces questions devraient être au cœur des débats  du G20 qui se tient à Séoul (Corée du Sud) les 11 et 12 novembre et risquent de donner lieu à quelques crispations. La nouvelle gouvernance mondiale n’est pas pour demain à moins que sous la future présidence française du G20 ne se dessine une nouvelle alliance mondiale…

Publicités

Rodez : les vrais enjeux du musée Soulages (1)

10 novembre 2010

Quelques semaines après la pose de la première pierre du musée Soulages, dont l’ouverture est prévue au printemps 2013, quelques dinosaures aveyronnais persistent encore à douter de l’intérêt d’un tel projet ! Etrange attitude lorsque l’on sait que de très nombreuses villes de France, moyennes et grandes, mais aussi à l’étranger et non des moindres, auraient aimé pouvoir disposer d’un tel musée, porteur d’image mais surtout véritable moteur de développement économique et touristique à long terme.

A Rodez, une poignée de grincheux qui ne connaissent probablement pas grand-chose à l’art et à l’économie en général, se laissent aller à de piètres comparaisons, persistant à laisser croire que le projet serait inutile, couteux et sans grand intérêt au plan économique. Parmi ces personnes, on trouve M. Jean-Louis Chauzy, président du Conseil économique et social de Midi-Pyrénées et membre du conseil municipal de Rodez. Il déclarait récemment à la presse locale : « Le musée Soulages ne saurait être une alternative aux emplois industriels, contrairement aux propos imprudents tenus depuis cinq ans. Il peut être un acteur de notoriété pour Rodez, pour un public averti mais peu nombreux… »

Bien surprenante déclaration qui démontre à quel point certaines personnes n’ont manifestement rien compris au projet. Probablement méconnaissent-ils l’œuvre de Pierre Soulages, l’un des plus grands artistes peintres du 20ème siècle dont la renommée est aujourd’hui mondiale ! Certainement font-ils l’amalgame avec certains échecs passés de quelques investissements culturels mineurs qui n’avaient aucun point commun ! Plus certainement pensent-ils qu’au vu de l’investissement opéré et du déficit probable du musée, l’argent aurait été mieux employé ailleurs ! Voilà encore une vision bien aveyronnaise qui ignore la réalité du monde d’aujourd’hui.

Le coût du projet peut effectivement inquiéter certaines personnes habituées à mesurer la rentabilité aux seules recettes directes et immédiates qu’il génère…  Mais ici, il s’agit de tout autre chose. Pour comprendre, il faut replacer les choses à leur place. C’est vrai qu’imaginer un musée Soulages, à Rodez doté d’un label « musée de France », en relation avec de grands musée à travers le monde : Berlin, Bilbao, Barcelone, Zurich, Milan, Paris… et bien d’autres, peut paraître au prime abord démesuré, voire prétentieux.

Que n’avait-on pas dit, il y a 30 ans, lorsqu’un certain Georges Frêche avait lancé une série de grands travaux sous la houlette des meilleurs architectes du monde, pour faire de Montpellier l’une des grandes métropoles régionales françaises que beaucoup envient aujourd’hui ! Que de talent n’avait-il pas déployé pour vaincre le même scepticisme ambiant. N’est-ce pas le même Georges Frêche qui après avoir tenté durant des années de réaliser le musée Soulages à Montpellier, à défaut d’emporter l’adhésion de Pierre Soulages, a finalement décidé d’agrandir le musée Fabre en consacrant une grande partie de celui-ci à l’artiste ? Bien lui en a pris. Depuis son ouverture, le musée Fabre à Montpellier connaît une forte fréquentation, grâce principalement aux œuvres de Pierre Soulages. Il est vrai que le maire de Montpellier a été un bâtisseur et un grand visionnaire. Toute proportion gardée, Rodez doit avoir cette ambition pour dynamiser et moderniser la ville.

Un musée de l’ampleur de Soulages à Rodez est un formidable outil de promotion et de développement économique comme l’avait fort bien compris Marc Censi. Pour autant, sa rentabilité ne se mesure pas en terme de nombres d’entrée, même si le chiffre à son importance, ni par ses seuls résultats financiers. S’agissant d’un musée dédié à un artiste de renommée internationale qui présentera l’ensemble de son œuvre de 1946 à nos jours, qui plus est estampillé « musée national », son succès ne fait aucun doute. Non seulement Pierre Soulages a accepté que Rodez ait le seul et unique musée de la planète qui présentera son œuvre, mais en plus, il a fait une donation exceptionnelle à sa ville aujourd’hui estimée à plus de 50 millions d’euros. Celle-ci devrait d’ailleurs être complétée ultérieurement.

Une chance qui ne se présente qu’une fois et dont peu de villes peuvent se prévaloir. Dans ces conditions, il eut été irresponsable et inconséquent de ne pas faire bénéficier la ville de Rodez et son agglomération de l’opportunité du musée Soulages.

Prochainement : Le musée Soulages, un projet porteur d’avenir qui marquera le renouveau de Rodez


Aveyron : la RN 88 à 2 x 2 voies démarre enfin !

8 novembre 2010

Cette fois-ci, çà y est : les premiers de travaux de mise à deux fois deux voies de la RN 88 entre Carmaux et Rodez démarrent ! Voici bientôt prés de 30 ans qu’on l’annonçait aux aveyronnais, en vain…  Voilà enfin une bonne nouvelle : Rodez sera enfin reliée à Albi et Toulouse dés 2015. Et même si beaucoup d’interrogations subsistent encore sur l’autre partie, tout aussi importante du tronçon de la RN 88 permettant de relier Rodez à l’A75 à Séverac-le-Château, ne faisons pas la fine bouche. Considérons que c’est un début qui annonce la fin prochaine de l’enclavement autoroutier de l’Aveyron.

Le chantier se compose de deux tranches qui seront réalisés séparément. La première comprend deux sections qui seront menées conjointement. L’une dans le Tarn, située entre Carmaux-nord et Tanus (viaduc du Viaur), soit un peu moins de 8 km et l’autre en Aveyron, située entre la Baraque de St Jean, Naucelle et La Mothe au sud de Baraqueville, soit prés de 14 km. Les premiers coups de pioches ont eu lieu courant octobre 2010. Pour la portion aveyronnaise, les travaux de mise à 2 x 2 de la RN 88 débutent par la réalisation des ouvrages d’arts, au nombre de 7, dont deux échangeurs complets, l’un à la Baraque de Saint Jean et l’autre à Naucelle. Cette première phase des travaux est prévue pour s’achever en 2013, date de mise en service prévue entre Carmaux et La Mothe.

La deuxième tranche devrait démarrer en 2013. Ce dernier tronçon, long de 14,5 km consistera à relier La Mothe, contourner Baraqueville par l’ouest jusqu’aux Molinières (commune de Calmont) pour relier le tronçon en service au sud de Rodez. Les communes concernées sont Quins, Baraqueville, Moyrazés, Calmont et Luc. Ce tronçon comportera également deux échangeurs complets, l’un à Baraqueville, à hauteur de la RD 911, et l’autre aux Molinières, permettant de relier la RD 911 vers La Primaube et Millau (A 75).

Selon la direction régionale de l’environnement et de l’aménagement, maître d’ouvrage de cet important chantier autoroutier au nord-ouest de Midi-Pyrénées, Rodez devrait enfin être directement reliée à Toulouse via l’autoroute avant la fin de l’année 2015. Finalement, tout arrive à qui sait attendre, même si c’est avec retard. Cet aménagement majeur de la RN88 à 2 x 2 voies, réalisé dans le cadre du programme de modernisation des itinéraires (PDMI), est évalué à 215 millions d’euros. Il est financé à hauteur de 54% par l’Etat et de 23% par les deux collectivités territoriales, d’une part, le Conseil général de l’Aveyron et, d’autre part, le Conseil régional de Midi-Pyrénées.

Reste maintenant à régler les deux points noirs qui subsistent en Aveyron : d’une part, le retard pris dans la mise à 2 x 2 voies de la RN88 entre Rodez (Lioujas) et Lapanouse-de-Séverac (A75), soit un peu moins de 45 km afin d’assurer la continuité autoroutière avec l’A 75 et, d’autre part, l’avancement du grand contournement de Rodez (entre Luc au sud et Lioujas au nord, via l’aéroport de Rodez-Marcillac).

En effet, la liaison Rodez/Séverac-le-Château par la RN88, l’un des axes les plus fréquentés du département, est aujourd’hui totalement saturée ; elle constitue un goulot d’étranglement qui ralentit fortement le trafic dans la traversée du département. Cette portion centrale est essentielle car elle voit converger le trafic venu de Toulouse, à destination de Lyon et Clermont-ferrand, mais plus encore de Brive (A20), vers Montpellier et Béziers au sud (A75-A9). La DUP (déclaration d’utilité publique) expirant en 2012, il y a urgence à trouver les financements pour engager les travaux dans les meilleurs délais pour finaliser ce tronçon long de 40 km. Il va sans dire qu’un retard plus important ne peut que gravement nuire au développement économique de l’ensemble de l’Aveyron.

Le grand contournement de Rodez n’en est encore qu’à sa phase d’étude et le dossier ne semble guère avancer ces dernières années. Lorsque l’on connait les difficultés à circuler actuellement sur la rocade de Rodez (qui n’est autre qu’un boulevard urbain et donc sans échangeur), on voit mal comment elle pourra absorber une future RN 88 à 2 x 2 voies. Outre l’impossibilité technique de laisser transiter le trafic autoroutier au cœur de l’agglomération de Rodez, cette situation serait catastrophique pour l’ensemble de l’agglomération, notamment au regard des nuisances insupportables pour les riverains et l’ensemble des habitants. Le chantier du grand contournement de Rodez, entre Lioujas, l’Aéroport, Druelle et Luc doit être engagé dans les meilleurs délais, sous peine d’assister à une asphyxie de l’agglomération. On attend que les élus de la communauté d’agglomération du Grand Rodez se prononcent sur ce dossier sensible et urgent qui concerne directement le développement futur de l’agglomération et mettent tout en œuvre pour faire avancer le dossier. La DUP se fait toujours attendre !


France/Chine : les raisons pour lesquelles la France a déroulé le tapis rouge à Hu Jintao

5 novembre 2010

Le président chinois Hu Jintao a été reçu pendant deux jours en grande pompe à Paris, puis à Nice. Cette visite contraste singulièrement avec le froid glacial qui a caractérisé les relations entre la France et la Chine ces dernières années, notamment après la rencontre de Nicolas Sarkozy avec le Dalaï Lama en 2008.

En effet, contrairement aux principaux pays occidentaux qui avaient pris soin d’épargner la susceptibilité chinoise sur les questions du Tibet et plus généralement des droits de l’homme, principalement pour ne pas se priver de l’important débouché chinois pour leurs exportations, le président français n’avait pas mâché ses critiques à l’égard de la Chine. Ce qui avait valu à la France un traitement très spécial dans la presse chinoise et par ses dirigeants, entrainant la perte de nombreux marchés à l’exportation en représailles. Fort curieusement, peu de pays et d’organisations des droits de l’homme n’avaient alors soutenu la France pour cette attitude digne et courageuse.

La visite officielle de 2010 s’inscrivait dans le cadre d’une certaine forme de réconciliation où chacun s’est couvert de louanges, en évitant soigneusement de critiquer l’autre. De la grande diplomatie à laquelle le président français est pourtant peu habitué. Le tapis rouge a été largement déployé, avec accueil du couple chinois par le couple français dés l’arrivée à l’aéroport, la traditionnelle cérémonie à l’Arc de Triomphe, la grande réception à l’Elysée… et le tout sans conférence de presse commune pour ne gêner personne. Le grand jeu pour Hu Jintao qui a semble-t-il apprécié. Cette visite s’est conclue par la signature de plus de 14 milliards d’euros de contrats entre les deux pays, avec une volonté clairement affichée par le président chinois de renforcer considérablement les échanges commerciaux entre les deux pays, pour les porter à plus de 80 milliards d’euros par an, contre moins de 40 aujourd’hui.

Bien sûr, personne n’est dupe du petit jeu. Il s’agit là d’un moyen pour la Chine d’amadouer la France et plus généralement les pays occidentaux qui tentent de faire pression sur l’empire du Milieu et de dénoncer les nombreuses atteintes aux droits de l’homme. Mais après tout, en ces temps de profonde crise économique et budgétaire à laquelle doivent faire face les grands pays démocratiques, la Chine a bien compris qu’elle est incontournable avec son taux de croissance de 10% l’an. Bien difficile de faire la fine bouche et de critiquer publiquement la dictature chinoise. A cet égard, le président français ne fait que reconnaître, avec un certain retard, la toute puissance chinoise. En cela, il n’y a rien que choquant de rentrer dans le rang et de faire profil bas, même si certains tentent de s’en émouvoir ici et là.

Plus qu’aux gouvernements, il appartient d’abord aux organisations internationales et, plus généralement, aux médias de dénoncer la dictature chinoise, ses atteintes inadmissibles aux droits de l’homme, son soutien à de dangereux régimes totalitaires en Corée du nord et en Iran, l’annexion arbitraire du Tibet, la maltraitance de certaines ethnies minoritaires à l’instar des ouigours au Xinjiang… De la même manière, comment ne pas dénoncer le maintien en prison du dissident chinois Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix 2010, condamné à onze ans de prison pour « subversion du pouvoir de l’Etat ». Ce prix consacre « ses efforts durables et non-violents en faveur des droits de l’Homme en Chine ». Liu Xiaobo a dédié son prix aux morts de Tiananmen.

Au final, la principale raison de cette visite officielle en France ne doit rien au hasard et les quelques contrats et les réceptions n’en sont que la partie visible, sans grand intérêt. En réalité, c’est la préparation des prochaines réunions du G20 qui était en ligne de mire. Nicolas Sarkozy qui prendra la présidence du G20 prochainement, espère rallier la Chine à ses propositions pour un nouvel ordre économique et monétaire mondial. Il veut notamment que, sous la présidence française, le G20 mette en place une véritable réforme du système monétaire internationale, envisage une nouvelle gouvernance économique mondiale et favorise l’aide au développement des pays les plus pauvres. Un programme très ambitieux qui ne peut réussir qu’avec la collaboration active de la Chine, l’une des principales puissances économiques mondiales.

A un moment où le président Obama est affaibli par sa lourde défaite aux midterms et risque de se montrer très en retrait par rapport aux réformes envisagées, la France tente ainsi de s’appuyer sur la Chine, nouvelle puissance montante et quelques autres pays tels le Brésil, pour faire aboutir sa présidence du G20. C’est aussi pour cette raison que la France s’abstient désormais de critiquer publiquement Pékin pour la sous-évaluation du yuan qui favorise avantageusement ses exportations. C’est dire si Nicolas Sarkozy mise sur des avancées importantes dont il compte d’ailleurs se prévaloir en politique intérieure.

Le pari sur le cheval chinois sera-t-il le bon ? Verdict dans un an, à l’issue de la présidence française du G20.


USA : les midterms marquent un virage à droite des américains

3 novembre 2010

Les résultats des élections de mi-mandat, deux ans après l’accession de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis, ne laissaient pas entrevoir de bons résultats pour le parti démocrate au pouvoir. Sans grande surprise, la vague républicaine a effectivement déferlé sur l’Amérique. Si les démocrates ont finalement conservé une courte majorité au Sénat (51 sièges) en perdant tout de même 6 sénateurs, ils ont été largement battus à la Chambre des Représentants où les républicains ont raflés 66 sièges, bien plus qu’il ne leur en fallait pour en prendre le contrôle.

Voilà qui complique singulièrement la tache d’Obama et risque fort de limiter les réformes à venir, tout en l’obligeant à trouver un compromis avec les républicains.

Indiscutablement, les résultats de ces élections traduisent un fort mécontentement des électeurs vis-à-vis de leur président. Ils lui reprochent notamment de n’apercevoir aucune véritable amélioration sur le front de la crise économique et financière dont les USA ont du mal à se sortir. En dépit de l’important plan de soutien à l’économie, la reprise tarde à ses dessiner contrairement à l’Europe. Une situation qui dure outre atlantique et qui exaspère l’électorat démocrate très touché par la crise : un niveau de chômage proche de 10 %, des déficits abyssaux qui se sont considérablement creusés (déficits de l’Etat de 13 000 milliards de dollars) et des saisies immobilières qui continuent malgré tout avec leur effet dévastateur sur les plus modestes.

Certes, le parti du président perd généralement toujours des sièges lors des « midterms » mais de manière beaucoup moins sévère, y compris du temps de Bush pourtant très impopulaire. C’est dire si la déception de l’électorat démocrate est grande.

A l’inverse, l’électorat républicain s’en est donné à cœur joie et s’est largement mobilisé pour montrer son opposition à Obama. D’ailleurs, plus que le parti Républicain lui-même, à la surprise générale, c’est le Tea Party qui sort vainqueur en emportant même deux sièges de sénateurs et privant ainsi les républicains de la majorité au Sénat. C’est le retour en force d’une droite populiste et conservatrice, favorable à des coupes sombres dans les budgets sociaux et à une réduction massive des déficits publics (moins d’impôts, moins d’Etat), eux qui accusent Obama de faire du socialisme.

Au final, en dépit de la lourde défaite, Barack Obama limite les dégâts. Sur certains dossiers, il devrait pouvoir collaborer avec la Chambre des Représentants contrôlée par les Républicains en attendant que sa politique porte enfin ses fruits d’ici deux ans, pour aborder la présidentielle de 2012 en conservant toutes ses chances.

Après l’Europe, force est de constater qu’avec la crise, l’électorat occidental vire sensiblement à droite.


Brésil : Dilma élue pour poursuivre l’action de Lula

2 novembre 2010

Le Brésil, 13ème puissance économiques mondiale en 2002, a grimpé situé au 8ème en 2010 et devrait faire partie des 5 grandes puissances économiques de la planète à l’horizon 2020. C’est dire le chemin parcouru par ce pays en moins de 20 ans.

Puissance montante d’Amérique latine et du monde, l’un des plus gros producteurs agro-alimentaires, le Brésil dispose d’un vaste marché intérieur de 193 millions d’habitants. Il est devenu en quelques années un membre influent de la communauté internationale. Fort d’une croissance de prés de 8% en 2010, au même titre que la Chine, le Brésil est aujourd’hui un marché très convoité par les pays développés car les investissements à y réaliser sont considérables, notamment dans le domaine des infrastructures.

Au sein des pays émergeants, le Brésil s’est frayé en quelques années une place de choix sur la scène internationale et ne ménage pas ses efforts pour peser de tout son poids sur les grandes décisions internationales. Membre de l’OMC et du G20, candidat à l’entrée au Conseil de sécurité de l’ONU, le Brésil n’hésite plus à imposer sa ligne face aux USA, à l’Europe et à la Chine. La révolution économique qui a frappé ce grand pays est due à un seul homme, élu en 2002 à la présidence du Brésil : Luiz Inacio Lula da Silva. En huit années de présidence, ce syndicaliste influent et respecté s’est imposé en douceur et a su trouver le bon compromis entre la nécessaire libéralisation de l’économie et une politique sociale volontariste, destinée à réduire la pauvreté et faire en sorte que le plus grand nombre de brésiliens rejoignent la classe moyenne.

Durant son mandat, prés de 15 millions d’emplois ont ainsi été créés et prés de 30 millions de pauvres ont rejoint les classes moyennes. Même si beaucoup reste à faire pour anéantir le fléau de la pauvreté, notamment dans les favelas des grandes métropoles telles Rio-de-Janeiro ou Sao Paulo, les changements et améliorations apportées à la population sont considérables. Ce n’est pas un hasard si la côte de popularité du président Lula approche le taux de 80% aujourd’hui. De quoi faire pâlir bien des chefs d’Etat ! Hélas, le mandat de Lula prendra fin en janvier 2011, date de prise de fonction de son successeur  (la constitution brésilienne n’autorise que 2 mandats présidentiels successifs de 4 ans).

Ce 31 octobre 2010 a marqué une nouvelle page de l’histoire du Brésil avec l’élection à la présidence de la République de Madame Dilma Rousseff, avec 56% des suffrages. Quasiment inconnue à l’étranger, Dilma Rousseff était la plus proche collaboratrice de Lula depuis 2005. Activement soutenue par le président sortant qui l’a accompagnée dans la plupart de ses déplacements et meetings, elle était la candidate officiellement désignée pour assurer sa succession. Lula a passé sa dernière année à la préparer à la mission qui sera désormais la sienne : parachever son œuvre à la tête du Brésil. Personnalité très différente (technocrate, peu charismatique et autoritaire – on l’appelle aussi la dame de fer), Dilma Rousseff devrait incarner une certaine continuité de la politique économique et sociale de Lula, à l’instar de son slogan : « Dilma présidente, pour que le Brésil continue de changer »

D’ores et déjà, à l’instar de la bourse de Sao Paulo, les responsables économiques brésiliens parient sur la poursuite de la croissance et de la marche en avant du pays. Encore peu présente sur place, la France n’a plus qu’à mettre les bouchées doubles pour conquérir ce marché en pleine expansion qui devient un passage obligé pour de nombreux investisseurs occidentaux. Il est temps de comprendre que le Brésil est en passe de devenir le nouvel eldorado de l’Amérique du sud. Bien d’autres l’ont compris depuis longtemps…

Bravo Lula et bonne chance Dilma. Viva Brasil !