France/Chine : les raisons pour lesquelles la France a déroulé le tapis rouge à Hu Jintao

Le président chinois Hu Jintao a été reçu pendant deux jours en grande pompe à Paris, puis à Nice. Cette visite contraste singulièrement avec le froid glacial qui a caractérisé les relations entre la France et la Chine ces dernières années, notamment après la rencontre de Nicolas Sarkozy avec le Dalaï Lama en 2008.

En effet, contrairement aux principaux pays occidentaux qui avaient pris soin d’épargner la susceptibilité chinoise sur les questions du Tibet et plus généralement des droits de l’homme, principalement pour ne pas se priver de l’important débouché chinois pour leurs exportations, le président français n’avait pas mâché ses critiques à l’égard de la Chine. Ce qui avait valu à la France un traitement très spécial dans la presse chinoise et par ses dirigeants, entrainant la perte de nombreux marchés à l’exportation en représailles. Fort curieusement, peu de pays et d’organisations des droits de l’homme n’avaient alors soutenu la France pour cette attitude digne et courageuse.

La visite officielle de 2010 s’inscrivait dans le cadre d’une certaine forme de réconciliation où chacun s’est couvert de louanges, en évitant soigneusement de critiquer l’autre. De la grande diplomatie à laquelle le président français est pourtant peu habitué. Le tapis rouge a été largement déployé, avec accueil du couple chinois par le couple français dés l’arrivée à l’aéroport, la traditionnelle cérémonie à l’Arc de Triomphe, la grande réception à l’Elysée… et le tout sans conférence de presse commune pour ne gêner personne. Le grand jeu pour Hu Jintao qui a semble-t-il apprécié. Cette visite s’est conclue par la signature de plus de 14 milliards d’euros de contrats entre les deux pays, avec une volonté clairement affichée par le président chinois de renforcer considérablement les échanges commerciaux entre les deux pays, pour les porter à plus de 80 milliards d’euros par an, contre moins de 40 aujourd’hui.

Bien sûr, personne n’est dupe du petit jeu. Il s’agit là d’un moyen pour la Chine d’amadouer la France et plus généralement les pays occidentaux qui tentent de faire pression sur l’empire du Milieu et de dénoncer les nombreuses atteintes aux droits de l’homme. Mais après tout, en ces temps de profonde crise économique et budgétaire à laquelle doivent faire face les grands pays démocratiques, la Chine a bien compris qu’elle est incontournable avec son taux de croissance de 10% l’an. Bien difficile de faire la fine bouche et de critiquer publiquement la dictature chinoise. A cet égard, le président français ne fait que reconnaître, avec un certain retard, la toute puissance chinoise. En cela, il n’y a rien que choquant de rentrer dans le rang et de faire profil bas, même si certains tentent de s’en émouvoir ici et là.

Plus qu’aux gouvernements, il appartient d’abord aux organisations internationales et, plus généralement, aux médias de dénoncer la dictature chinoise, ses atteintes inadmissibles aux droits de l’homme, son soutien à de dangereux régimes totalitaires en Corée du nord et en Iran, l’annexion arbitraire du Tibet, la maltraitance de certaines ethnies minoritaires à l’instar des ouigours au Xinjiang… De la même manière, comment ne pas dénoncer le maintien en prison du dissident chinois Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix 2010, condamné à onze ans de prison pour « subversion du pouvoir de l’Etat ». Ce prix consacre « ses efforts durables et non-violents en faveur des droits de l’Homme en Chine ». Liu Xiaobo a dédié son prix aux morts de Tiananmen.

Au final, la principale raison de cette visite officielle en France ne doit rien au hasard et les quelques contrats et les réceptions n’en sont que la partie visible, sans grand intérêt. En réalité, c’est la préparation des prochaines réunions du G20 qui était en ligne de mire. Nicolas Sarkozy qui prendra la présidence du G20 prochainement, espère rallier la Chine à ses propositions pour un nouvel ordre économique et monétaire mondial. Il veut notamment que, sous la présidence française, le G20 mette en place une véritable réforme du système monétaire internationale, envisage une nouvelle gouvernance économique mondiale et favorise l’aide au développement des pays les plus pauvres. Un programme très ambitieux qui ne peut réussir qu’avec la collaboration active de la Chine, l’une des principales puissances économiques mondiales.

A un moment où le président Obama est affaibli par sa lourde défaite aux midterms et risque de se montrer très en retrait par rapport aux réformes envisagées, la France tente ainsi de s’appuyer sur la Chine, nouvelle puissance montante et quelques autres pays tels le Brésil, pour faire aboutir sa présidence du G20. C’est aussi pour cette raison que la France s’abstient désormais de critiquer publiquement Pékin pour la sous-évaluation du yuan qui favorise avantageusement ses exportations. C’est dire si Nicolas Sarkozy mise sur des avancées importantes dont il compte d’ailleurs se prévaloir en politique intérieure.

Le pari sur le cheval chinois sera-t-il le bon ? Verdict dans un an, à l’issue de la présidence française du G20.

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