France : Alcan EP / Constellium, ou le come back de Pechiney

L’affaire avait fait grand bruit en 2003. Le petit monde économique et politique français s’étaient insurgé contre la disparition d’un des fleurons industriels français  de l’époque : Pechiney, leader dans le domaine des métaux et autres aluminiums. Le groupe avait été purement et simplement rayé de la carte, absorbé par la canadien Alcan. Quelques années plus tard, en prise à des difficultés, ce dernier  avait été à son tour absorbé par le géant Rio Tinto, le géant minier anglo-australien.

Nicolas Sarkozy, président de la République n’avait pas manqué de rappeler combien il avait été traumatisé par la perte de ce fleuron de l’industrie : « J’ai encore au travers de la gorge Péchiney » avait-il déclaré. A l’instar de ce qu’il avait fait avec Alstom qui avait failli disparaître quelques années plus tôt, le chef de l’Etat ne semble pas avoir abdiqué sur ce dossier. Pour preuve, après prés de deux ans d’âpres discussions avec le groupe Rio Tinto-Alcan autour d’un projet de reprise de l’ex-Péchiney, voilà que les choses semblent enfin se décanter.

Le Fonds Stratégique d’Investissement (FSI), qui est le bras armé de l’Etat français pour soutenir l’industrie française menacée de délocalisations, associé au fonds américain Apollo, ont annoncé le 05 août 2010 avoir déposé une offre de reprise auprès du groupe Rio Tinto pour ses usines de produits transformés en aluminium. Selon cette offre, le FSI devrait prendre 10% du nouveau groupe, Apollo 51% et Rio-Tinto 39%, en attendant une cession ultérieure dés que l’opportunité se présentera. Le contrat définitif devrait être signé fin 2010. Ce nouveau groupe industriel dénommé Constellium (ex Alcan EP), est n° 1 mondial des pièces en aluminium pour l’aéronautique. Le nouveau champion sera installé en France. Il emploiera 9 800 personnes et, parmi ses 22 usines, on trouve celles de Neuf-Brisach (67), Issoire (63) et Voreppe (38).

L’objectif avoué n’est autre que d’ancrer durablement en France le nouveau groupe et faire renaître Péchiney et son activité jugée stratégique en raison du nombre d’emplois et de l’activité même qui en fait un important fournisseur de la Défense nationale, de l’aéronautique et de l’automobile. A cet égard, l’approche apparaît pragmatique et cohérente.

Il s’agirait ni plus ni moins que d’une relocalisation en France de l’activité et de la direction du groupe, jusqu’ici situés au Canada. Au final, cela ne devrait pas changer grand-chose si ce n’est de transférer le centre de décision en France et renforcer ainsi une entreprise française. A moins que l’indépendance retrouvée permette au nouveau groupe de se développer de manière plus importante et devenir un futur géant mondial des métaux.

Pour autant, il subsiste un certain nombre d’interrogations. Ne serait-il pas plus efficace et porteur en termes de développement économique et d’emploi que la France encourage plus largement les nouvelles technologies (biotechnologies, nanotechnologies et autres industries électroniques de pointe) qui seront demain la force d’une grande nation ? Plutôt que de continuer à pratiquer les saupoudrages habituels, ne vaudrait-il pas mieux revenir à une politique plus simple, lisible et stable qui encourage les entreprises étrangères à se localiser en France, en simplifiant la création d’entreprises et les modalités d’aides, en baissant de manière substantielle le taux de l’impôt sur les sociétés et les charges salariales qui pèsent sur les entreprises dans notre pays ?

Si le gouvernement de François Fillon, dans un contexte économique et budgétaire très difficile a pris des décisions salutaires, encore faudrait-il avoir le courage d’aller beaucoup plus loin et de mettre à plat l’ensemble du système fiscal, social et d’aide aux entreprises. Pour cela, il faut prendre en compte les importants changements mondiaux qui ne vont pas manquer de modifier durablement l’avenir de la planète. Allez, un peu de courage…  Le temps presse !

Plus d’informations :

  • Depuis le 03/05/2011, Alcan EP (Alcan Engineered Products) est devenu Constellium. Le siège du nouveau groupe  est basé en France et réalise un CA de l’ordre de 5 milliards d’euros, pour environ 10 000 personnes, dont plus de la moitié en France. Le groupe Constellium est spécialisé dans la fabrication d’aluminium destiné à l’aéronautique, l’automobile et l’emballage. Sa directrice générale est Christel Bories.
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