Turquie : référendum 2010, avancée démocratique ou renforcement de l’intégrisme musulman ?

Le 12 septembre, la Turquie a voté « oui » à  prés de 58 % au référendum relatif à la révision de sa constitution.

Bien que saluée par Bruxelles et les États-Unis, la victoire du « oui » à la révision partielle de la constitution turque, il parait pour le moins prématuré d’affirmer qu’il s’agit là d’une avancée pour la démocratie turque et une avancées vers l’intégration européenne. En effet, les inquiétudes relayées par l’opposition ne peuvent être écartées. Car certains aspects de la réforme constitutionnelle validés par les électeurs, vont limiter sensiblement les pouvoirs de la hiérarchie judiciaire et de l’armée.

Ces deux grandes institutions historiques mises en place  par Mustapha Kemal Atatürk lors de la création de la République en 1923, garantes de la de la laïcité turque, semblent aujourd’hui contestées par le Premier ministre Recep Tayip Erdogan et son parti l’AKP, issu de la mouvance islamiste. En effet, depuis qu’il est arrivé au pouvoir, ce dernier n’a eu de cesse de tout mettre en œuvre pour réduire l’influence l’establishment kémaliste, laïc et nationaliste. On se rappelle aussi qu’à la surprise générale, l’islamiste Abdallah Gul, est devenu président de la République turque malgré la coutume qui voulait que ce poste soit réservé à un laïc.

Ces dernières années, la justice et l’armée ont maintes fois pesé de tout leur poids pour s’opposer à certaines réformes. On se rappelle qu’en 2008, le parti AKP avait échappé de justesse au verdict du Procureur général qui voulait le dissoudre purement et simplement. Un acte d’accusation avait été présenté contre lui pour activités anti-laïques.

Depuis Atatürk, la Turquie est un état laïque, doté d’un islam tolérant, résolument tourné vers la modernité ; il a ainsi vécu 80 ans de démocratie et de développement. Suite au référendum du 12 septembre 2010, l’opposition et de nombreux observateurs craignent que l’AKP veuille mettre en œuvre une politique visant à islamiser le pays, à commencer par l’encadrement de son armée. Un risque pourtant bien réel que l’Europe semble volontairement minimiser pour pas fâcher la Turquie que certains pays ne sont pas chauds à accueillir dans l’Union. De son côté, Erdogan nie toute intention de vouloir remettre en cause la laïcité et revendique son appartenance au camp des partis chrétiens-démocrates conservateurs de l’Union européenne.

Le dernier bastion de la laïcité en terre islamique serait-il en passe de basculer vers un islam intégriste ? Au vu de l’histoire turque, même si des doutes subsistent sur les conséquences réelles de cette réforme constitutionnelle, on peut penser que le Premier ministre Erdogan et son parti l’AKP ne briseront pas le rêve d’une majorité de turc de rejoindre rapidement l’Union européenne. Pour cela, la démocratie et la laïcité doivent sortir renforcés de ce référendum. Verdict dans les mois qui viennent.

Encore faudra-t-il que la Turquie fasse quelques pas supplémentaires en faveur de la reconnaissance de Chypre et du génocide arménien. La route vers l’UE risque encore d’être longue…

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