France : quelques contrôleurs aériens prennent les passagers en otage

Une nouvelle fois, ce 21 juillet 2010, en pleines vacances d’été où le trafic est le plus dense, les aiguilleurs du ciel français ont pris en otage les passagers et les compagnies aériennes, pourtant déjà financièrement fragilisées par la crise. Contrairement à ce qu’ont laissé croire certains médias, l’intersyndicale des contrôleurs aériens menée par les syndicats les plus radicaux représente moins de 45% des personnels alors que le syndicat majoritaire indépendant, SNCTA, majoritaire dans la profession, ainsi que la CFDT, n’appelaient pas à la grève jugée totalement inutile.

Les motifs de la grève évoqués par l’intersyndicale sont en effet pour le moins infondées (réduction d’effectifs, disparition de la DGAC, remise en cause du statut…). Une fois encore, les syndicats jouent avec la peur des salariés pour mobiliser alors qu’il s’agit d’une des professions les mieux payées disposant de conditions salariales privilégiées. Si le métier est effectivement difficile, il faut en effet savoir que le salaire est de l’ordre de 7 000 euros par mois pour à peine plus de 120 heures de travail seulement. Fonctionnaires de la DGAC (Direction générale de l’aviation civile), les 4 000 contrôleurs aériens français bénéficient d’un statut parmi les plus favorables d’Europe pour des performances en matière de contrôle et de sécurité aérienne qui sont pourtant loin d’être une référence.

La réalité, comme l’a clairement exprimé le syndicat majoritaire SNCTA, membre de l’ATCEUC (Air Traffic Control Europeen Union Coordination, une coordination de 13 syndicats européens de contrôleurs aériens) qui n’appelait pas à la grève, est bien différente. La réorganisation du contrôle aérien européen répond à des impératifs destinés à faire face à l’explosion du trafic aérien ces dernières années, à assurer une meilleure sécurité aérienne et plus grande efficacité du contrôle aérien, tout en réduisant les temps d’attente au décollage et à l’atterrissage et en permettant de substantielles économies de kérosène.

A l’instar du syndicat SNCTA, la plupart des syndicats du contrôle aérien européen sont d’accord sur ces objectifs et négocient avec les pouvoirs-publics pour aboutir au meilleur compromis pour tous, passagers, compagnies aériennes et contrôleurs aérien. En 2010, dans une Europe de plus en plus intégrée et qui possède le trafic aérien parmi les plus denses du monde, il est utopique et irresponsable de laisser croire qu’on peut continuer à assurer la fluidité et la sécurité du trafic aérien au niveau national.

La seule et unique solution n’est autre que de ramener le nombre d’organismes de contrôle aérien de 29 (un par pays actuellement), à moins de 9 comme prévu par l’Union Européenne. Ainsi, le contrôle aérien de la zone centrale d’Europe de l’ouest devrait passer sous la responsabilité d’un organisme européen unique, dénommé FABEC, chargé de gérer l’ensemble du contrôle aérien de la zone la plus dense en Europe, regroupant outre la France : l’Allemagne, la Belgique, Les Pays-Bas, le Luxembourg et la Suisse. Il s’agit là d’une évolution indispensable qui a déjà trop tardé et dont la mise en place ne relève pas de l’avis des contrôleurs aériens mais des seuls états, sachant que les avantages acquis par les personnels seront globalement maintenus.

L’exemple à suivre dans ce domaine c’est celui d’EUROCONTROL. Cette organisation européenne basée à Maastricht (Pays-Bas) est chargée d’harmoniser et d’unifier la gestion de la navigation aérienne actuelle, en promouvant un système uniforme pour les vols civils et militaires, dans des conditions de sécurité maximale. Elle emploie depuis plus de 40 ans plus de 400 contrôleurs aériens pour superviser la navigation aérienne en Europe. EUROCONTROL est aujourd’hui reconnue pour le grand professionnalisme de ses contrôleurs et est souvent citée en exemple pour son efficacité dans le domaine de la sécurité aérienne.

Voilà encore un combat d’arrière garde mené par les syndicats français parmi les plus réactionnaires qui n’ont d’autre but que de défendre les petits intérêts catégoriels de quelques privilégiés au détriment de l’intérêt public dans son ensemble, dans un monde pourtant ouvert et confronté à la concurrence. La plupart des syndicats français ont encore beaucoup de chemin à faire pour atteindre le niveau d’efficacité et de responsabilité des syndicats allemands, qui sont très représentatifs des salariés et qui défendent puissamment à la fois les intérêts des salariés et ceux de l’économie allemande.

L’un ne va pas sans l’autre et eux l’ont compris depuis longtemps !

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