Dettes souveraines des Etats : faut-il s’inquiéter du rôle des agences de notations ? (1)

Dettes publiques : une explosion qui inquiète les marchés et le monde

La dette souveraine mondiale devrait atteindre 49.500 milliards de dollars d’ici à la fin de l’année, ce qui représente une hausse de 45 % par rapport à 2007, année de déclenchement de la crise, indique un document de Moddy’s.

La progression de 15.300 milliards correspond à plus de cent fois le montant du plan Marshall, plan destiné à la reconstruction de l’Europe à la sortie de la Seconde guerre mondiale. Les seuls pays du G7 représentent près de 80 % de cette hausse : leurs finances publiques ayant été les très affectées par la crise économique et financière.

L’endettement des Etats de toute la planète représentera quelque 80 % du PIB mondial en 2010 contre 63 % en 2008. Une évolution qui inquiète particulièrement les agences de notation.

France : déficits et dette publique, la cote d’alerte !

A l’instar des pays de la zone euro, la dette publique française a franchi le seuil de 80% du PIB alors que les déficits publics atteignaient 8% de ce même PIB. Des niveaux jamais atteints jusqu’alors. Le temps semble donc venu pour la France se s’imposer une plus grande rigueur dans la gestion de ses finances publiques.

Même si le chemin risque d’être long et périlleux à l’approche de l’élection présidentielle de 2012, la France n’a pas d’autre choix que de s’y atteler pour empêcher l’explosion de sa dette qui s’est fortement accrue du fait de la crise mondiale. Le pays doit aussi rassurer les marchés sur sa capacité et sa volonté à y parvenir.

Nul doute que le plan de rigueur annoncé récemment par François Fillon, premier Ministre, à l’instar de la réforme du régime des retraites, visent à envoyer un signal fort aux français, mais aussi aux agences de notation quelque peu inquiètes du laxisme budgétaire français. Si la note de la France a jusqu’alors été préservée par les agences qui lui ont toujours attribué la meilleure note : « AAA », on ne peut pas exclure une possible dégradation de celle-ci dans les mois à venir si le pays n’adopte pas à son tour une véritable politique de rigueur qui permette un progressifs rétablissement des finances publiques.

Ces derniers mois, de nombreux gouvernements européens n’avaient pas manqué de fustiger ces mêmes agences de notation. Les récents propos de M. Baroin, ministre du Budget, montrent au besoin, que la pression s’accroît sur la France, après la dégradation de la note de l’Espagne de AAA à AA+  par Standard & Poor’s en avril, puis par Fitch Rating fin mai. Seule l’agence Moody’s maintient encore la note AAA de l’Espagne.

La France peut-elle perdre son AAA?

La France fait partie d’un club très restreint de 14 pays que les trois agences de notation (Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch) gratifient d’un « AAA ». Comme les Etats-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l’Australie, le Canada, le Danemark, la Finlande, la Suède, Singapour…, la France de par sa note AAA, ne présentait aucun risque pour ses créanciers. Ce qui lui permet de bénéficier des taux d’intérêt les plus bas possible (autour de 3%). Mieux, cette note AAA est actuellement assortie d’une « perspective stable » ce qui est plutôt encourageant.

Pour autant, selon Standard & Poor’s France, le gros point noir de la France, c’est son niveau d’endettement, déjà élevé avant le début de la crise, alors même que la lourdeur de ses impôts limite considérablement la possibilité de les relever afin de réduire les déficits. Par ailleurs, les dépenses publiques y sont élevées, sans que le pays n’ait jamais été en mesure de les réduire, même en période de croissance.

Par delà ce constat sans appel, il subsiste quelques éléments rassurants. Ainsi, les agences regardent non seulement l’évolution des finances publiques d’un pays, mais aussi son économie et sa politique générale. La France dispose ainsi de quelques points favorables : l’endettement des ménages y est modéré, l’épargne est importante, les institutions sont stables et la démographie reste étonnamment dynamique.

Bien qu’étant un pays prisé par les investisseurs, on ne peut exclure le risque que la note de la France puisse être dégradée, à défaut qu’une réponse adéquate ne soit donnée rapidement. Si les critères des agences de notation restent quelque peu opaques, on sait qu’elles prennent en compte, en plus de la dette et des déficits, de nombreux indicateurs qui concernent l’évolution des prix et du PIB par habitant, en passant par des critères plus subjectifs. Pour ces raisons, il reste difficile d’évaluer le seuil à partir duquel un pays peut voir sa note dégradée. Ce d’autant plus que ce seuil est différend d’un pays à l’autre.

Dans la présente situation, la France s’expose, comme d’autres pays, à perdre sa note AAA si elle ne s’engage pas fermement et durablement dans une politique de rigueur budgétaire raisonnée.

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