Clearstream : Villepin victime ou manipulateur ?

Voilà à nouveau l’affaire Clearstream à la une de presse française ! A croire que cette affaire intéresse encore les français qui ont bien d’autres chats à fouetter… Le seul intérêt médiatique est que cette affaire concerne deux protagonistes de premier plan. Une affaire bien classique jusqu’alors, qui concernait la diffusion d’une liste de noms de personnalités titulaires de comptes secrets au sein de cet établissement financier luxembourgeois, pour le moins clair : Clearstream (filiale de Deutsche Börse Group).

Cette affaire serait restée dans l’ombre si la liste communiquée au juge Van Ruyn Beck au cours de l’année 2005 par un certain corbeau, aujourd’hui identifié (Jean-Louis Gergorin), n’avait pas été falsifiée par l’adjonction de quelques personnalités françaises de premier plan, au rang desquelles Nicolas Sarkozy. Cette opération aurait semble-t-il été réalisée par un informaticien (Imad Laoud). Après la plainte déposée par la plupart des faux titulaires de comptes cités (une quarantaine), dont ce dernier, les deux juges désignés pour l’instruire ont décidé, en toute indépendance, que les éléments du dossier méritaient des suites correctionnelles. Telles sont aujourd’hui les raisons de ce procès correctionnel au cours duquel messieurs Dominque de Villepin, Jean-Louis Gergorin, Imad Laoud et quelques autres, sont invités à s’expliquer.

Ce procès a pour but de permettre d’établir les responsabilités ou non des prévenus, et notamment de savoir si M. Villepin est directement ou indirectement à l’origine de la falsification de ce listing et de l’inscription des noms de Nicolas Sarkozy et quelques autres. En effet, M. Villepin alors ministre de l’intérieur, puis Premier ministre de Jacques Chirac, était en conflit ouvert avec Nicolas Sarkozy qu’il avait fini par obtenir le départ du gouvernement. M. Villepin, comme Sarkozy, avaient tous les deux le projet d’être désignés comme candidat unique de la droite pour la présidentielle de 2008. Aussitôt parti du gouvernement, Nicolas Sarkozy avait pris le contrôle du principal parti de droite (le parti du président) pour le transformer, en fusionnant les divers partis de la droite et du centre au sein de la nouvelle UMP.

La rapidité de la prise de contrôle de l’UMP, ajouté à l’efficacité et la puissance de cette machine électorale entièrement aux mains de Nicolas Sarkozy qui en était devenu le président, constituait manifestement un gros handicap pour Dominique de Villepin dans sa course à l’Elysée. Aurait-il, pour tenter de déstabiliser son adversaire, tenté de le compromettre et le discréditer en montant cette affaire Clearstream de toute pièce comme semble en être convaincu Nicolas Sarkozy ? La haine de Villepin aurait-elle été jusqu’à demander la falsification des listings pour y apposer le nom de son ennemi parmi quelques autres ? L’enjeu principal de ce procès est de savoir qui a demandé à Laoud et Gergorin de falsifier ce listing et de le diffuser au juge Van Ruyn Beck ?

Tout le reste n’a pas grand intérêt et ne mérite pas le traitement médiatique démesuré actuel (plus de 50 journalistes suivent les débats). Les récentes déclarations rageuses de Villepin, tentant de faire porter la responsabilité de cette affaire sur le président de la République, n’est qu’un artifice de pure fantaisie. Et si l’attitude haineuse et agressive de Villepin, qui semble perdre son sang froid dés l’ouverture du procès dans lequel il est cité à comparaître, était finalement l’aveu d’une réelle appréhension pour ce procès ? Si M. Villepin n’a rien à se reprocher dans cette affaire et s’il est aussi « clean » qu’il le prétend, pourquoi s’inquiète-t-il face à la justice de la République ?

Les réactions de M. Villepin et de certains médias après les propos pour le moins malencontreux de Nicolas Sarkozy sur cette affaire, sont par ailleurs disproportionnées et pour le moins infondées. Les déclarations du président de la République semblent bel et bien avoir été détournées du contexte de la phrase citée. Il apparait clairement que « les coupables » correspondaient à une qualification générale qui ressortait de l’instruction du dossier et non de personnes prévenues en particulier. Deux d’entre elles ont d’ailleurs reconnu les faits, sans que l’on sache qui a demandé d’ajouter le nom de Sarkozy. Il est bien évident que dans une affaire de falsification, ce dernier peut légitimement saisir la justice pour qu’elle juge les coupables connus ou à venir. Il n’y a là aucune atteinte à la présomption d’innocence des prévenus, à moins d’être de mauvaise foi. Quand à la prétendue pression exercée sur la justice de la République, même si le plaignant est le chef de l’Etat, on cherche encore !

Pour autant, on peut avoir un petit regret dans cette triste affaire : que le président de la République ne soit pas resté à l’écart. S’il est indéniable que cette affaire ne s’explique que par la volonté de certaines personnes de lui porter préjudice personnellement, sa fonction eu mérité une plus grande distance.

Clearstream : une affaire en eaux pas aussi limpides qu’on aurait pu le penser ?

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